La longue marche de l’image numérique

  

L’AHTI a organisé, en mars 2005, deux réunions sur l’historique de la numérisation des images, la première concernant l’image télévisuelle, la seconde l’image interactive. Par suite d’incidents techniques, il n’a pas été possible d’utiliser les enregistrements directs et le compte-rendu qui est donné ici a été réalisé à partir des documents présentés et des notes prises en séance.

 

  

Le processus de numérisation des images télévisuelles

 

La séance était présidée par Michel Atten, historien.

 

  

La durée et la complexité du processus de numérisation de la télévision

 

par Yves Guinet, ancien directeur des études et recherches de TDF

 

 

      Les premières applications opérationnelles de la technique numérique en télévision sont apparues il y a trente ans. En France, un convertisseur numérique 625-819 lignes fut conçu au CCETT en 1974, sur demande de l’ORTF. J’en ai défini l’algorithme d’interpolation des images et l’appareil fut réalisé par Robert Boyer au LER de Thomson, puis exploité au centre ORTF de Cognac-Jay jusqu’à l’arrêt des émissions en 819 lignes, en 1983.

             Le processus de numérisation de la télévision, considérée comme inexorable dès les années 1960, est encore inachevé en             2005. Son cours fut déroutant : nombre de politiques publiques ou privées ambitieuses échouèrent (par exemple

le plan câble de 1982 en France, la haute définition terrestre de 1990 aux Etats-Unis, DVI en 1994 chez Philips). Echoua aussi la politique publique européenne D2Mac/HDMac dans la décennie 1980, prévue pour distribuer la télévision par satellites. Cette politique était fondée sur un transport hybride, mi-analogique, mi-numérique, de l’image et sur le traitement numérique des signaux dans les récepteurs publics. A contrario, des applications qui jadis auraient paru, même aux plus optimistes, techniquement inconcevables, telle la distribution de télévision sur paire symétrique, sont devenues aujourd’hui une réalité. Pourquoi ?  Plusieurs catégories de cause interviennent.

    Une première tient à la nature anthropique du système télévisuel et aux caractères des techniques de sa numérisation. La vision naturelle n’est ni analogique, ni numérique. Le stimulus artificiel vu par un téléspectateur est interprété par son cerveau. Il fallut attendre le début des années 1990, pour que des systèmes informatiques spécialisés suffisamment puissants permettent de stimuler, d’évaluer et d’optimiser empiriquement, par des moyens purement logiciels, des algorithmes efficaces pour le traitement numérique de séquences d’images animées, en vue de la compression du débit. Ces travaux débouchèrent sur les normes ISO, MPEG1 et 2. Ce premier saut accompli, on comprit rapidement que d’autres suivraient.

      L’exploitation économique de ces nouveaux algorithmes exigeait des technologies ayant une performance suffisamment élevée, en vitesse et capacité de mémoire, en puissance et rapidité des processeurs, et un coût suffisamment bas pour que l’application envisagée devienne économiquement viable. La vitesse des progrès restant à accomplir par l’industrie des composants constituait une variable exogène aux cultures des industries de la télévision. La difficulté à l’estimer était accrue par l’ignorance de la complexité des algorithmes à utiliser.

      Une seconde catégorie de causes tient aux conséquences de la diversification et de la croissance des industries et des marchés de la télévision durant cette période historique. La production des diverses catégories de programmes, le financement et l’édition des services, l’échange et la distribution des programmes, par réseaux ou par supports enregistrés, leurs consommations professionnelles et grand public, chacun de ces secteurs appelle des outils spécifiques à sa finalité. Les applications et les avantages concurrentiels induits par l’usage de la technique numérique diffèrent donc totalement d’un secteur à l’autre, de même que les contraintes économiques auxquelles elles doivent satisfaire. La transformation concomitante des cadres juridiques induisait celle de la structure des marchés et du comportement concurrentiel des acteurs. Chacun d’eux, dans son secteur propre, tenta de soumettre le processus au service de ses intérêts. Dans ce jeu, il arriva que les acteurs en place trouvent leur intérêt dans un renvoi aux calendes grecques.

      Le secteur de la production fut le premier à être entièrement numérisé. Dès la fin des années 1970, plusieurs applications en révolutionnèrent les pratiques (synchronisation, post-production et effets spéciaux, puis enregistrement professionnel numérique). Elles conduisirent, en 1981, à l’adoption au CCIR d’une norme mondiale de représentation numérique de l’image aux interfaces entre équipements d’un studio de production. En France, une coopération établie entre la recherche du service public de la radio-télévision  et l’industrie européenne, Thomson et Bosh-Fernseh, déboucha sur une première mondiale : l’installation à FR3 Rennes d’un studio de production entièrement numérique dès 1984.

      Une troisième catégorie de causes, étrangères à la nature de l’image, tient à la diversité des propriétés physiques des supports de sa distribution et aux exigences scientifiques (théorie des modulations) et techniques (débit, taux d’erreur) du codage. Durant ce long processus, de  nouveaux supports apparurent qui concurrencèrent les supports traditionnels analogiques de l’émission hertzienne terrestre et de l’enregistrement magnétique : réseaux de câbles, disques optiques, émission satellitaire, tous supports dont le codage numérique est techniquement plus simple que celui des supports historiques. La télévision numérique par satellite commença à se développer aux Etats-Unis, puis en Europe vers 1995. Le choix normatif, à cette même époque, de modulations multi-porteuses pour coder le support de l’émission hertzienne terrestre aura pour effet de reporter sa numérisation de plusieurs années, en l’attente des technologies nécessaires à la mise en œuvre de cette technique.

      Avoir vécu les contradictions économiques qu’induisait la pénétration de la numérisation dans les produits audiovisuels grand public, cela aide à comprendre pourquoi il aura fallu plus de trente années pour numériser la télévision de bout en bout !  

 

  
 

Les recherches en télévision numérique, 1973-1982

 

par Jacques Sabatier, ancien directeur du CCETT  Voir sa présentation power point

 

  

      Je vais parler de la préhistoire de la numérisation au CCETT, dans les années 1970. Le contexte est marqué par de gros progrès dans la numérisation des signaux d’images. On s’achemine vers une généralisation de la numérisation des réseaux de télécommunications,. alors qu’on rencontre des difficultés à maintenir la qualité des images de télévision en couleurs lors d’une transmission analogique à grande distance.

      La première phase des travaux du CCETT sur la compression et la transmission numérique est présentée à Venise en 1977. La démonstration réalisée en temps réel comprend un débit de 52 Mbit/s par programme (niveau 3 de la hiérarchie en France), un codage différentiel des trois composantes du signal et une transmission utilisant les faisceaux hertziens de TDF, les câbles de la DGT et le satellite Symphonie.

      La seconde phase fait l’objet d’une démonstration en réseau TDF entre Laval et Nantes en 1981. Le débit est réduit à 34 Mbit/s, avec des codecs en cascade. Le codage par transformation n’est pas retenu, parce qu’une qualité équivalente pouvait être obtenue en codage différentiel avec une complexité moindre. Deux programmes étaient multiplexés, afin d’atteindre le débit de 70 Mbit/s permis par le réseau. Deux codecs étaient mis en cascade, avec un contrôle automatique de qualité. Les équipements ont été réalisés par TRT et par la SAT.

               Mais tous ces travaux n’aboutissent pas, parce que l’UER choisit d’exploiter son satellite en analogique et que TDF se              désintéresse du sujet. Seule la DTRN de la DGT achète plusieurs dizaines de codecs. Il faut attendre le programme ETSI,               quelques années plus tard, pour relancer le sujet.

    D’autres travaux du CCETT qui vont converger ultérieurement portent sur l’évaluation subjective de la qualité des images. Les travaux sont axés sur les seuils de perception des dégradations. Celles-ci sont liées à la compression et au traitement des signaux, ou bien aux erreurs de transmission, avec une possibilité de cumul des défauts. On aboutit ainsi à modéliser la vision des couleurs et à établir des critères objectifs de qualité. La méthode préconisée par l’UER pour la définition des méthodes d’essais subjectifs a beaucoup emprunté aux travaux du CCETT. Elle aboutit à la définition et à la production de signaux de tests.

      La production de programmes bénéficie de façon spectaculaire des progrès en traitement numérique des images. L’augmentation de la capacité de mémorisation apporte des solutions nouvelles et efficaces à des problèmes anciens : le translignage entre le 625 lignes et le 819 lignes ; la conversion de normes entre le 625/50 et le 525/60 ; la correction de bases de temps et la synchronisation de sources ; la réduction du bruit. Il en résulte de nouveaux produits qui, entre 1974 et 1977, vont constituer des îlots numériques dans une mer analogique et conduire progressivement à la notion d’interface numérique unique et normalisé. La porte sera ainsi ouverte au concept de studio numérique.

      A partir de 1976, les produits destinés au studio numérique sont étudiés par le CCETT en collaboration avec l’industrie. Il en est ainsi de la transmission autour de 200 Mbit/s à faible ou moyenne distance, de la commutation et du mélange de programmes, ou encore des effets spéciaux. Mais c’est surtout l’enregistrement numérique, véritable clé de voûte de la production, qui pose les problèmes les plus difficiles. Les travaux conduits de 1976 à 1978 à 52 Mbit/s prouvent qu’il n’est pas possible de travailler en production sur des signaux comprimés. Il faut attendre 1980 et un nouveau matériel Bosch prêté par Thomson pour que les travaux sur l’enregistrement reprennent.

      Pendant ce temps, les travaux sur l’interface numérique du studio ont aussi progressé. Dès 1973, le CCETT avait fait des propositions pour le codage séparé des composantes du signal de télévision, Y, R-Y, B-Y. De 1974 à 1978 les structures d’échantillonnage fixes font l’objet de nouvelles propositions. Les courbes de qualité d’images en fonction de la structure et de la fréquence d’échantillonnage sont reprises par le CCIR, pendant que se poursuit le débat sur les mérites comparés des fréquences d’échantillonnage liées ou non à la fréquence de la sous-porteuse PAL. En 1978, est adopté le système « 2+1+1 », fruit des travaux sur les largeurs de bande et les fréquences d’échantillonnage souhaitables pour la luminance et les signaux de différences de couleurs. En 1979-81 enfin, de nombreuses démonstrations et des tests sur la qualité intrinsèque des images numérisées et sur les conséquences de traitements particulièrement exigeants, par exemple l’incrustation, conduisent à la norme mondiale de 1982.

      Les années 1980-82 ont ainsi vues la concrétisation du concept de studio numérique, avec la normalisation de l’enregistrement numérique au sein du groupe Magnum, et le début de la réalisation du studio numérique de Rennes. Les travaux sur le MAC, dont les principes avaient été publiés par l’IBA en 1981, achèvent de montrer la supériorité de l’approche « composants séparés » en traitement et codage de l’image. L’élaboration du système MAC fait progresser de façon importante les techniques de multiplexage du son numérique de haute qualité et de modulation numérique adaptée aux contraintes des canaux de télévision.

      Dès lors, les travaux de recherche sur la télévision en définition standard sont achevés et l’intérêt se porte sur la TVHD !

 

 

 

La contribution industrielle de Thomson à la télévision numérique, 1972-1982

 

par Robert Boyer, ancien directeur du LER à Thomson  Voir sa présentation powerpoint

 

 

      Les travaux de R&D à Thomson, en vue d’assurer la transition des technologies analogiques vers les technologies numériques dans la chaîne de l’audiovisuel, ont conduit dès 1973 à la réalisation de premiers convertisseurs analogique/numérique et numérique/analogique, puis a celle d’équipements traitant le signal composite, en vue de constituer des îlots numériques. Des démonstrateurs et prototypes ont permis de valider les principes du traitement en composantes, en production, en post-production et en enregistrement, et ceux du codage pour la diffusion et le transport.

      Les premiers équipements de série ont été réalisés à partir de 1986. Mais les étapes industrielles débordent quelque peu la période considérée, 1972-82, compte tenu du temps nécessaire à la profession pour mettre en place les investissements et les moyens. Les études, la formation aux techniques numériques, le marketing, le développement, la fabrication, etc. doivent être en phase avec l’évolution des technologies, notamment ASIC, circuits intégrés VLSI, mémoires, et en phase avec la demande du marché.

      Le groupe Thomson a joué un rôle considérable parmi les industriels, avec le LER surtout, qui a été le premier intervenant pendant la période 1972-82 et qui a contribué ensuite à l’effort d’industrialisation des filiales TVE/TBS, puis de TMM.

      Les toutes premières réalosations, dans la période 1974-78, ont concerné :

- La matrice d’un convertisseur de standards 625/819 lignes, à partir d’une étude conduite par le CCETT pour TDF Cognac-Jay, et reposant sur un algorithme établi par Y. Guinet et une base de temps asservie par Genlock.

- Un codage composite conduisant à des boîtes noires en 1975-78 et comprenant un synchroniseur/correcteur de base de temps pour asservissement des sources, un réducteur de bruit de fond et des interfaces avec les éléments de la chaîne de distribution analogique, qu’elle soit Secam, PAL ou NTSC, à l’aide de convertisseurs  fonctionnant à 17,75 MHz, soit 4 Fsc.

- Un codage des composantes du signal video, Y, CR et CB, selon la structure 2+1+1, avec la réalisation de premiers modules d’interfaces, avec la RVB/YDrDb/CA/N.

           En 1982, la recommandation CCIR 601 définit le système 4/2/2, qui est le résultat d’une étude du CCETT et de                         nombreuses discussions entre SMPTE, UER et CCIR, et qui permet de résoudre l’opposition entre les systèmes à                         50 ou 60 Hz : 702 points utiles par ligne et 576 ou 480 lignes utiles. D’autres définitions visent la fréquence                                     d’échantillonnage des signaux de luminance Y à 13,5 MHz et des signaux chroma CR et CB à 6,75 MHz, une                              quantification à 8 bits et un débit brut global de 216 Mbit/s. Des applications particulières à débit limité sont aussi

définies : 4.1.1 avec fréquence d’échantillonnage moitié pour les signaux de chroma et 4.2.0 avec transmission alternée des signaux de chrominance, compatible Secam.

      Ultérieurement, les Etats-Unis et le Japon préfèreront un codage à 10 bits par mot, qui permet un enregistrement plus aisé des signaux composites, qui favorise une amélioration dans le traitement du signal vidéo numérisé à la source (cas des CDD à grande dynamique), qui augmente la précision des traitements en post-production et qui accroît la capacité en transport de données auxiliaires dans les intervalles de suppression. Les débits sont alors portés à 270 Mbit/s en 4.2.2 ; à 143 Mbit/s en NTSC et à 177 Mbit/s en PAL Enfin la norme finale précise les conditions d’interface entre équipements : liaison parallèle à 10 bits ou liaison série permettant la récupération d’horloge.

      Un premier démonstrateur 2+1+1 est présenté en 1979. En coopération avec le CCETT, le LER étudie, en 1978, les premiers maillons d’une chaîne de traitement numérique destinée à une régie de télévision : éléments de commutation et de mélange utilisant les composantes R, V, B/Y, CR, CB avec une distribution parallèle ; générateur d’effets spéciaux utilisant les possibilités d’une mémoire d’images. Après quelques mois d’essais à TDF, l’ensemble est présenté au Symposium de Montreux en 1979. Un ingénieur de la SFP, Max Debrenne réalise une courte production mettant en valeur ces effets spéciaux : La bande à Basile.

      En 1985, une première réalisation d’envergure apparaît, avec la régie 4.2.2. Dès 1980, la Thomson, avec le LER, avait pris une sérieuse avance dans le traitement numérique du signal vidéo en composantes. Aussi est-il fait appel à lui en 1981 pour la réalisation d’un prototype de production en numérique à la norme 4.2.2, encore en discussion, et comportant les interfaces série et magnétoscope numérique. Avec le soutien du ministère de l’Industrie et la collaboration de TDF, de la SFP et du CCETT, une régie d’exploitation entièrement numérique voit le jour en 1985.

      En parallèle Bosch-Fernseh produit le premier magnétoscope numérique. Et la SFP peut réaliser le premier vidéoclip numérique Nous deux en mai 1985, en coproduction Videogram et TF1. L’ensemble, installé à Rennes en novembre 1985, représente le premier studio numérique, permettant une exploitation réelle et un suivi technique par les chercheurs.

      En exploitation, ce studio a permis de vérifier les économies d’équipement et d’exploitation. En postproduction, la création artistique bénéficie d’effets spéciaux, de corrections colorimétriques, de possibilités de cadrage et de phasage, d’effets d’enchaînement, etc. et de la qualité finale. Cette première installation sera suivie dans le monde de nombreuses réalisations.

      A partir de 1987, commencent des réalisations commerciales : la Régie 16 de la SFP aux Buttes-Chaumont, avec des équipements numériques, qui fut complétée par la suite d’équipements de télécinéma à traitement numérique et de générateurs d’images de synthèse, puis fut suivie de toute une gamme de réalisations 4.2.2 de série. TVE, devenu Thomson Broadcast System en 1988, aura réalisé en 1993 plus d’une cinquantaine de studios numériques. D’autres réalisations notables de l’époque ont été ses équipements de prise de vue à senseurs solides.

             L’avènement de la télévision numérique, à partir des années 1980, a bouleversé les méthodes d’exploitation : primauté
         de la post-production, rapprochement des méthodes cinématographiques, manipulations a posteriori et accroissement                      sensible de la qualité. La suite a été, dans la décennie 1983-1993, la
télévision améliorée et la télévision à haute définition
         et, dans la décennie 1994-2004, le programme DVB de diffusion numérique.

 

 
 

La normalisation de la télévision numérique 1972-1994

 

Jacques Poncin, ancien directeur du CCETT  Voir sa présentation power point

 

 

A l’exposé présenté en séance, les Cahiers ont préféré, compte tenu des conditions d’enregistrement, un texte plus complet proposé par l’auteur.

 

  

   L’exposé comporte deux grandes parties : le cadre général de la normalisation et deux épisodes marquants de la normalisation de la télévision numérique : la définition de la norme de production et celle de la norme de diffusion par satellite et par câble

 

 

Le cadre général de la normalisation

 

Qu’est-ce qu’une norme ?  Deux citations :

- Décret 84-74 du 26/01/84 fixant le statut de la normalisation :

« La normalisation a pour objet de fournir des documents de référence comportant des solutions à des problèmes techniques et commerciaux concernant les produits, biens et services, qui se posent de façon répétée dans des relations entre partenaires économiques, scientifiques, techniques et sociaux »

- Manuel AFNOR

« Le principe fondamental de la normalisation est le consensus. Les normes sont le fruit d’une négociation entre les différents partenaires. La norme est là pour traduire des pratiques industrielles, commerciales ou autres. Par principe, les normes sont d’application volontaire et contractuelle, donc facultatives. Par exception, les normes peuvent être rendues obligatoires… »

     Quelques mots importants : référence, commercial, relations (échanges), consensus, volontaire , obligatoire (décret national, directive européenne)

 

 

Pourquoi des normes ?

     Compatibilité ( plug to plug ) entre équipements de même fonctions et de constructeurs différents (marché ouvert). Essentiel pour les équipements grand public (récepteurs de télévision). Compatibilité entre éléments constitutifs de la chaîne du signal (en fait un peu plus compliqué : familles de normes).    

Qui établit les normes ?

     Les institutions  ou organismes patentés de normalisation :

- Mondiaux : émanations de l’ONU (UIT) ou ONG ; CCIR (maintenant UIT-R) / Commission XI (maintenant  CE6) ; représentations par les État ; CMTT (mixte CCIR / CCITT) : aspects de transmission à grande distance (maintenant UIT-T CE IX) ; ISO (récepteurs) ; CEI.

 - Régionaux  : en Europe l’ETSI (issu à l’origine de la CEPT), le CEN, le CENELEC, etc.

     Dans la période considérée, les organes de l’UIT fonctionnent par impulsions, en tranches de 4 ans (périodes), terminées par une session plénière, avec, au milieu de la période, une session intérimaire.

     Les sessions sont alimentées par des contributions et produisent des rapports (état de l’art dans un domaine donné) et des recommandations (ou avis) qui sont des normes

Qui prépare les contributions ?

      Pour les organes de l’UIT, les Etats. En fait, pour l’essentiel les centres de recherches (et à l’époque Centres de recherche publics, émanation des opérateurs : pour la France, la DGT (France Télécom) / CNET (FT R&D), pour l’ORTF (TDF) / Service des études + CCETT.

      En cas de consensus régional (rare en Europe, plus souvent aux États-Unis), les organismes corporatifs de représentation des radiodiffuseurs : UER, SMPTE, etc.

Quelle est la durée de vie d'une norme ?

 En fait, il vaut mieux parler de génération de normes. Il n’y a pas de règle, et c’est souvent imprévisible au moment où l’on établit la norme. Mais : - une norme « ne s’use que si l’on s’en sert » (une norme qui n’est pas utilisée dans les mois qui suivent sa promulgation risque d’être définitivement caduque) ; - la génération suivante apparaît inéluctablement du fait de l’évolution des besoins et des technologies, mais l’évolution est discontinue : il faut que la nouvelle norme apporte un plus indéniable par rapport à l’ancienne.

        Il y a donc des paliers, qui correspondent à un usage stabilisé d’une génération de normes par l’ensemble des  acteurs et à la rentabilisation des investissements qu’ils ont faits pour l’introduire. Dans le cas des normes grand public, l’effet de parc peut se traduire par des paliers relativement longs (ex. Secam : 1970-20xx , soit plus de 40 ans)

       Enfin, il peut y avoir un recouvrement plus ou moins long des générations (ex. 819L / 625L ; noir et blanc / Secam ; aujourd’hui : Secam / numérique 1e génération), mais cela entraîne des complications; à partir d’un certain seuil d’obsolescence, il vaut mieux tuer l’ancienne norme.

Exigences de base pour une nouvelle norme :

      - Compatibilité. À cause de ce qu’on vient de voir, la norme doit être compatible avec l’environnement dans lequel elle s’introduit, c’est à dire essentiellement avec la (famille de) norme(s) précédente(s), compatibilité qui prend deux formes : les signaux à la nouvelle norme doivent pouvoir être reçus (éventuellement avec des caractéristiques dégradées) sur les récepteurs anciens ; les signaux à l’ancienne norme doivent pouvoir continuer à être reçus par les récepteurs nouveaux.

       Dans le cas du numérique, qui introduit une véritable révolution par rapport aux représentations analogiques préexistantes, ces exigences ne sont en fait pas aussi bien remplies qu’elles avaient pu l’être au passage du noir et blanc à la couleur : on a recours à des artifices, comme l’ajout d’un boîtier décodeur externe au récepteur, ou une simple duplication au niveau du récepteur (cohabitation d’un décodeur numérique et d’un décodeur Secam dans le récepteur) ou de la diffusion des signaux ( Simulcast numérique / Secam)

      - Evolutivité (Scalability) qui doit permettre de faire vivre la norme, sans toucher à ses paramètres fondamentaux, en introduisant des fonctionnalités nouvelles (on prolonge ainsi le palier de rentabilisation de la norme). Cette exigence est facilitée dans le cas des normes numériques, d’une part, par le fait que certaines fonctions sont réalisées en logiciel dans le décodeur, d’autre part, par le fait que le train de données numériques transmis ou diffusé contient une provision de bits, sans affectation figée au moment de l’édition de la norme.

     - Familles de normes. Le système de télévision est un système complexe, dont les différents éléments de production (enregistrement) / transmission / diffusion) ont des exigences variées. Une norme unique ne peut convenir pour tout le système et il faut construire une famille de normes compatibles pour optimiser le système. L’une des caractéristiques du système de télévision est qu’il concerne des équipements professionnels (tout l’amont jusqu’aux émetteurs) mais aussi des équipements grand public (les récepteurs où est décodée la norme de diffusion).

La grande (r)évolution des années 1990.

   Au cours des années 1990, et sans beaucoup de transition, le processus décrit ci-dessus, qui faisait intervenir essentiellement les organismes  patentés, s’est trouvé remis en cause et un nouveau cadre de mise au point des normes est apparu : les groupes ad-hoc ou forums. La télévision n’est pas une exception et l’ensemble du secteur des télécommunications a connu la même évolution à la même époque, voire un peu avant (cf. les groupes ATM et GSM), en partie par diffusion des méthodes utilisées en informatique, mais aussi à cause des avantages propres qui sont listés ci-dessous :

- Un forum est a priori un dispositif beaucoup moins formel que les organismes patentés (ce qui ne veut pas dire qu’il n’obéit pas à des règles strictes de gestion). C’est une structure légère, même s’il implique, de fait, beaucoup de monde

- Il est établi spécialement pour une opération ponctuelle de normalisation et dissous quand son travail est terminé (en fait, il transmet les résultats de ses travaux, d’une part aux organismes patentés dont le rôle ne disparaît pas complètement (mais se réduit à peu près à donner un coup de tampon), d’autre part à un ou plusieurs nouveaux forums qui poursuivent les pistes de prolongement qui ont pu être identifiées.

- La composition du forum est ouverte à tous les utilisateurs ou parties prenantes (depuis les politiques ou réglementeurs jusqu’aux concepteurs de circuits intégrés). Le ciment qui les rassemble est une perception commune de l’urgence du besoin.

- Un forum travaille pratiquement en continu, et souvent avec des dates d’objectif, voire des jalons intermédiaires, fixés au départ.

Les avantages principaux que la méthode des forums a fait rapidement apparaître sont :

  - La rapidité : on raccourcit, de fait, le temps entre l’apparition du besoin et de la technologie et la disponibilité de la norme. On peut exprimer cela aussi en disant qu’il y a moins besoin d’anticipation ; on peut commencer plus tard, puisqu’on va plus vite.
   - La fiabilité : elle est assez largement garantie par la participation de tous ceux qui interviendront ensuite dans la mise en œuvre de la norme,

- L’édition de normes immédiatement prêtes à l’emploi : les mêmes participants, chacun dans son domaine propre, sont au courant des tendances et des étapes de mise au point et peuvent donc entreprendre en parallèle la réalisation de prototypes des équipements qui les concernent et sortir les équipements de série très peu de temps après l’édition des normes.

      Le forum précurseur, et en même temps modèle pour la normalisation de la télévision numérique, a été le groupe DVB (Digital Video Broadcasting) (cf. plus loin)

Une bonne norme au bon moment.

     Le choix d’une norme fait souvent l’objet de débats (cf. le débat actuel MPEG2 / MPEG4 pour la télévision numérique de terre) et l’unanimité absolue est rare. On peut toutefois lister quelques critères qui permettent de dire qu’on tient bien la bonne norme au bon moment :

- Elle répond à un besoin « réel » et consensuel (contre-exemples: les normes MAC, les normes TVHD).

- Elle est implantable « raisonnablement » (coût, fiabilité) avec la technologie du moment.

- Elle est compatible avec l’environnement (à pondérer : cf. supra MPEG2 vs MPEG4).

- Elle  présente de la souplesse, pour évoluer en termes d’implémentation, avec la technologie et pour introduire des « facilités » supplémentaires (ex. accès conditionnel, services associés).

    Pourquoi l’histoire de la normalisation de la télévision numérique est-elle si riche et, en un sens, exemplaire ? C’est essentiellement du fait de la conjonction, au cours de la période d’une vingtaine d’années considérée, de deux phénomènes majeurs :

- Une évolution rapide et marquée du besoin de consommation de la télévision et des modalités de cette consommation : explosion du nombre de chaînes accessibles et viables (de trois à plus d’une centaine en France) ; apparition de nouveaux vecteurs de diffusion (câble et satellite) ; affinement de la consommation (accès conditionnel)

- Une révolution technologique encore sans borne : circuits intégrés à grande échelle ; processeurs de traitement du signal ; mémoires de capacités croissantes et de prix en chute libre ; technologies d’enregistrement performantes sur les supports traditionnels (magnétiques) ou nouveaux (optiques).

Deux épisodes marquants de la normalisation de la télévision numérique

La définition de la norme de production (1972-1981)

 

      Le déroulement général du processus aboutissant à la définition de la norme est représenté sur la figure 1. On a classé les évènements intervenant dans ce processus en cinq catégories : technologie, priorité commerciale, activités des laboratoires, réunions des instances de normalisation (CCIR et CMTT), positions des principaux contributeurs : UER et SMPTE. Bien que ce schéma paraisse complexe et illustre des interactions multiples, on peut y pointer six faits principaux :

            - Le contexte de départ. En 1972, le monde de la télévision est profondément divisé : à la dichotomie 525 / 625               lignes, qui existe depuis le début, viennent se rajouter les fractures liées au choix des systèmes de télévision en couleur :         Secam, Pal, NTSC. Cette situation entraînera deux types de comportements : le chacun pour soi, dans un premier                  temps, puis, sur la fin, le comportement opposé de recherche d’une solution convergente.

           - L’influence de la technologie. Si l’influence de la croissance des performances des circuits intégrés (processeurs, et            surtout mémoires) au cours de la décennie considérée est un phénomène général qui touche bien d’autres domaines                que la télévision, un fait spécifique intervient vers 1978 : les progrès des technologies d’enregistrement magnétique                  autorisent des débits d’enregistrement dépassant sensiblement 100 Mbit/s : la porte est ouverte pour la réalisation de              magnétoscopes numériques professionnels.

         - Un renversement de priorités. Les objectifs initiaux portaient sur la numérisation de la transmission (transport à longue         distance pour alimenter les émetteurs); cependant, avec les technologies de l’époque, les performance des systèmes de         compression restent modestes ( 34 à 60 Mbit/s par canal) et les transmetteurs sont peu motivés. Par contre, au début           des années 1980, avec la faisabilité des magnétoscopes numériques et la perspective de nombreuses innovations dans           le domaine des effets spéciaux, les organismes de radiodiffusion voient des avantages à court terme de la numérisation           dans le secteur de la production des programmes.

           - Un débat entre codage du signal composite et codage des composantes. Longtemps incertain, et plutôt en faveur du         composite en raison du poids du Pal et du NTSC à travers le monde, le choix bascule très vite en faveur des                          composantes, vers 1979, en raison de la priorité donnée à la production.

             Une intense activité, à la fin de l’année 1980 et au début de 1981, se développe à l’approche des réunions du CCIR         de l’automne 1981. Sur le terrain des composantes, il apparaît alors possible et souhaitable de définir une norme                    commune au niveau mondial : un compromis est finalement trouvé au printemps 1981 entre européens (représentés par          l’UER) et américains (représentés par le SMPTE) ; le fait accompli entraîne le ralliement du Japon.

           Le résultat tient en peu de lignes, mais il s’agit de la première norme mondiale de télévision : la Recommandation 601 du               CCIR  qui préconise, pour les traitements en studio de la télévision, l’échantillonnage du signal de luminance à 13,5 MHz et              des deux signaux de différence de couleur à 6,75 MHz (norme d’échantillonnage de type 4.2.2) et la quantification de chaque          signal à 8 bits/échantillon, soit un débit brut de 216 Mbit/s

          La définition de la norme de diffusion par satellite et par câble (1992-1994)

        - Le contexte de départ (1991-92).

           Dix ans après la normalisation de la télévision en production, et l’évolution technologique aidant toujours, on                         s’intéresse au segment de la distribution terminale (des émetteurs terrestres ou satellitaires, ou des stations centrales de          réseaux de câbles vers les récepteurs), pour lequel les enjeux de services et les enjeux économiques sont                              particulièrement importants, puisqu’on touche directement à ce que reçoit l’usager final (téléspectateur) et au matériel             qui lui permet de recevoir.

              Pour ce téléspectateur, mais aussi pour les producteurs de programmes qui sont en amont, la situation est alors                plutôt embrouillée : depuis des années, on leur parle de diffusion directe, de normes MAC, de télévision haute                       définition, tous sujets qui donnent lieu à d’interminables batailles d’experts au niveau européen et mondial, sans qu’un             consensus se dégage et que des développements effectifs s’ensuivent. Des facteurs multiples sont en cause, mais les                procédures traditionnelles de normalisation (en particulier dans le cadre de l’UIT), ont une part de responsabilité dans           ces blocages et cette confusion.

    L’annonce, assez inattendue, de la FCC aux Etats Unis de relancer la TVHD terrestre en imposant le numérique (appel à propositions lancé en 1990) accroît encore un peu plus le trouble, tout en attirant l’attention sur le fait que les technologies numériques ont  sensiblement  mûri. Une autre démarche, qui monte en puissance, retient l’attention des experts: celle d'un groupe de travail mixte ISO /CEI, dit JTC-MPEG, mis en place en 1990, pour la « définition des caractéristiques de codage d’images animées et de sons associés ». On remarque que le mot télévision ne figure pas dans ce mandat, et, effectivement, ses membres viennent, au départ, plutôt du milieu de la microinformatique ou du multimédia en général. Ses premiers résultats, qui sortent sous le nom de MPEG1, correspondent à un débit global (1,5 Mbit/s) et par conséquent à une qualité d’image insuffisants pour la télévision traditionnelle ; mais les procédés techniques envisagés, aussi bien que la méthode de travail en forum, paraissent spécialement intéressants et, lorsque ce groupe met en chantier dans la foulée un MPEG2 adapté à la télévision, il y a peu de doute qu’il arrive effectivement à une solution satisfaisante dans le délai qu’il annonce (spécifications techniques arrêtées en novembre 1993), d’autant que des experts de la télévision se joignent alors à son travail.

 
        -  Le décollage (1992)

             La situation confuse mentionnée plus haut conduit quelques représentants des      ministères de l’Industrie ou des PTT                     allemands, français et britanniques, des radiodiffuseurs publics allemands et des membres de la Commission européenne
            à se réunir, de manière informelle, dans le courant de 1992, sous le nom d’ELG (European Launching Group), pour                    tenter de définir une position européenne. Le groupe s’élargit petit à petit et se dote d’une structure technique d’analyse et             de proposition. A l’automne 1992, la volonté de travail en commun et les chances de déboucher rapidement paraissent assez            fortes pour qu’on consolide la structure de coopération. C’est ainsi que voit le jour, à la fin de 1992, le forum DVB (Digital            Video Broadcasting), sur la base d’un MOU (Memorandum of Understanding) pour « l’harmonisation du                                   développement de la télévision numérique en Europe ».      

      Les principes affichés sont les suivants :

          - Ouverture à toutes les parties intéressées : radiodiffuseurs et éditeurs de programmes, opérateurs de satellites,                               câblo-opérateurs, opérateurs de télécoms, industriels du matériel grand public, de l’électronique professionnelle, des                       composants, administrations, instances de réglementation, Commission européenne). Au départ, l’identité européenne est                exigée des participants, mais progressivement, cette contrainte sera levée, pour donner aux travaux une base et un impact               plus larges.

       - Secrétariat assuré par le Centre technique de l’UER à Genève.

            - Choix de l’ETSI (ou, dans certains cas particuliers, du Cenelec), pour le traitement en aval des spécifications techniques               élaborées et leur transformation en normes européennes (ETS), ou en Recommandations techniques, selon les procédures             normales (normes provisoires, période probatoire, votes, etc..).

          - Classement en priorités des différents objectifs possibles dégagés par le groupe technique. Sous une forte pression des                 radiodiffuseurs privés, une priorité est donnée à la spécification des paramètres pour la télévision standard (la TVHD est                  donc mise en 2e priorité), et une priorité absolue à la spécification des systèmes pour la diffusion par câble et par satellite (la           diffusion par émetteur de terre, plus délicate à spécifier, doit être étudiée en parallèle, mais débouchera plus tard).

          - Les spécifications doivent être complètes, pour pouvoir donner lieu à des implémentations immédiatement après leur                     édition (voire en parallèle avec le travail formel, quand on peut anticiper sans risque): elles doivent donc porter sur le codage           de source (son et image), l’embrouillage, le multiplexage, le codage de canal, la modulation, le contrôle d’accès et les                     informations de service.

            - Pour le codage de source (qui ne constitue, comme on vient de le voir qu’une partie des spécifications), il est décidé de               s’appuyer sur MPEG2, en tenant compte du fait qu’il s’agit d’une norme de type « boîte à outils », et qu’un travail                           complémentaire est donc à conduire pour définir les configurations (niveaux et profils) à retenir pour la télévision diffusée.

 
         - La machine tourne à plein rendement (1993)

             Sur ces bases, le travail est organisé de manière extrêmement efficace: Le forum fonctionne par interactions entre trois                 entités : un module commercial, qui définit les besoins : les users requirements  (où le mot user est à prendre au sens le plus           large : l’utilisateur du système peut être aussi bien l’usager final que le fournisseur de programmes) ; un module technique, qui            fait travailler en parallèle autant de sous-groupes que nécessaire, pour apporter des réponses au groupe commercial qui les             valide ; enfin, un comité de direction, dont les membres sont élus par collèges, qui fixe les objectifs (notamment les dates), les            priorités, gère les éventuels conflits, et valide, en dernier ressort, les propositions, avant leur transmission à l’ETSI.                           L’importance des enjeux et la fermeté de la direction transformeront la machine en rouleau compresseur, devant lequel les              intérêts particuliers incompatibles avec la vision majoritaire n’auront qu’à s’effacer. Le consensus sera ainsi atteint sur la très            grande majorité des sujets 

                Le seul point d’achoppement sérieux sera la mise en œuvre du contrôle d’accès (pour la télévision à péage), sur lequel                des positions technico-commerciales radicalement différentes s’opposeront (systèmes ouverts ou terminaux propriétaires),             mais on pourra trouver des solutions ménageant les deux possibilités.

            Un sujet qui n’est pratiquement jamais pris en compte dans les normes au sens classique, mais qui est essentiel pour les                 utilisateurs industriels, sera traité pratiquement en même temps que les spécifications techniques : il s’agit de la propriété                    industrielle et du regroupement des différents détenteurs de droits en un groupement de brevets, qui joue, entre autres, le                rôle de guichet unique pour un industriel désireux de réaliser un terminal complet.

             Finalement, les dates d’objectifs seront tenues et, à la fin de 1993, les spécifications techniques pour les structures de                  trames, le codage de canal, et la modulation pour les systèmes par satellite, d’une part, les réseaux câblés, d’autre part,                  seront transmis à l’ETSI

 
           - Et après ?

            Le système continuera à fonctionner avec la même efficacité pendant plusieurs années, et le forum DVB continuera même à          grossir (100 organismes participants en septembre 1993, 150 en juin 1994). Le forum fournira notamment :

- les spécifications pour la télévision hertzienne de terre (TNT) et pour les antennes collectives homologues de ce qui a été fait pour le câble et le satellite,

- la définition de procédures de test et de la métrologie (permettant la mise en place de trois centres de test au niveau européen dés le 2e semestre 94),

- la caractérisation d’interfaces externes et internes des récepteurs,

- les éléments pour l’implantation de guides électroniques de programmes, du sous-titrage, du télétexte,

- une extension de performances des récepteurs, dans une dimension d’interactivité, moyennant une voie de retour pouvant utiliser divers supports de communication à  bas débit,

              Mais le point essentiel est sans doute que les développements industriels, engagés sur la base des spécifications de la fin              de 1994, auront permis le démarrage opérationnel de services numériques européens de diffusion par satellite dés la fin de               1995, et par câble dés la fin de 1996, soit à peine plus d’un an après les services homologues américains, basés sur des                 spécifications nettement moins élaborées. On a vu depuis à quel point l’augmentation du nombre de canaux ainsi offertes                 aura  permis de diversifier l’offre de programmes.

                On mentionnera pour terminer qu’une telle réussite n’est pas passée inaperçue au niveau mondial et que, dés le milieu                des années 1990, le secrétariat de DVB,

avec l’aide au coup par coup des principaux participants, a conduit une intense activité de communication et de promotion, appuyée de démonstrations dans le monde entier, ce qui a permis de rallier à la norme DVB un nombre appréciable d’utilisateurs non européens.

 

 

  

 

Extraits de la discussion générale

 

A une question sur le moteur de la numérisation, il est répondu que l’industrie américaine s’est montrée plus motivée que l’industrie européenne.

 

Un auditeur s’interroge sur le rôle moteur des possibilités d’effets spéciaux en production et sur celui de la compression numérique. Mais la compression n’a été appliquée qu’au vu des résultats obtenus en télécommunications, par crainte d’un bruit correspondant.

 

Pourquoi avoir, en 1972, donné la numérisation de la télévision comme objectif au CCETT créé à Rennes ? Parce que les perspectives de la télévision par câble posaient de nouveaux problèmes et aussi parce que l’option téléinformatique ouvrait de nouvelles possibilités, même si le choix de la technique des paquets ne fut pas la plus favorable en télévision. En termes de service et d’impact économique et culturel, la télévision est bien apparue comme le domaine d’application majeur, même si elle a bénéficié des techniques mises au point pour d’autres secteurs utilisant les images (visiophonie, manipulation d’images sur ordinateur, jeux video,  etc.).

 

A une question sur les satellites, il est répondu que c’est aux Etats-Unis que se réalisa la prise de conscience que le satellite était fait pour la télévision.

 

A une autre demande, il est précisé que, après la fin de l’ORTF, le rôle de TDF fut complété par celui de la SFP dans plusieurs domaines de recherche.

Acronymes

 

AFNOR, Agence française de normalisation

CCETT, Centre commun d’études des télécommunications et de télédistribution

CCIR, Comité consultatif international de radiocommunications

CEI, Comité électronique international

CEN, Centre européen de normalisation

DGT, Direction générale des télécommunications des PTT

DTRN, Direction des télécommunications du réseau national de la DGT

DVB, Digital Video Broadcast

ETSI, European Telecommunications Standard Internatinal

FCC, Federal Communications Commission

ISO, International Standard Organization

LER, Laboratoire d’études et recherches de Philips

MPEG, Moving Picture Experts Group

NTSC, National Television System Committee

ORTF, Office de radio-télévision française

ONG, Organismes non gouvernementaux

SAT, Soviété anonyme des télécommunications

SFP, Société française de production

SMPTE, Society of Motion Pictures and Television Engeneers

TDF, Télédistribution française

TRT, Télécommunications radioélectriques et téléphoniques du groupe Philips

TVHD, Télévision à haute définition

UER, Union européenne de radiodiffusion