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«Pierre Marzin, une vie consacrée aux
télécommunications et au développement de la Bretagne » à Pleumeur-Bodou. (Cette exposition est reprise par le Sénat,
où a siégé P. Marzin, et elle est inaugurée par Pascal Viginier le 13
décembre). La réunion des 13-14 octobre
était un colloque sur des thèmes chers à P. Marzin « Télécommunications,
entreprises, territoires ». Les
actes de ce colloque seront publiés dans la Collection scientifique des
télécommunications. En raison des exposés historiques qui y ont été présentés,
à côté de sujets plus actuels, les Cahiers offrent ci-dessous à ses lecteurs, avec l’accord des organisateurs du
Colloque, un résumé de ces premiers exposés, soit 8 sur un total de 25 exposés,
en espérant qu’ils y verront une incitation à lire les Actes lors de leur
parution. Les Cahiers y
ajoutent le compte-rendu d’un ouvrage de Pascal Griset sur P. Marzin, qu’on
peut se procurer au Musée de Pleumeur-Bodou pour la somme de 25 €. Pierre
Mounier-Kuhn, Le calcul électronique et
informatique au CNET à l’époque de P. Marzin Jusqu’à 1954, le CNET connaît une pénurie de
moyens de calcul, malgré des besoins s’exprimant dans plusieurs secteurs
d’activité, qui se contentent de machines analogiques. P. Marzin redresse la
situation, motivé surtout par le lancement dès 1975 du département RME, orienté
vers la commutation électronique. Des systèmes expérimentaux sont réalisés par
le CNET, Antinéa en 1958, Ramsès en 1965. Ce dernier équipe le centre de calcul
du CNET-Lannion qui vient d’être créé, alors que Issy-les-Moulineaux est équipé
en matériel CII. Un laboratoire d’essai des ordinateurs existants est aussi
institué à Lannion. Cette bonne gestion du temps et du progrès technique rencontre
le changement de politique du gouvernement pour le développement de
l’informatique. La discussion rappelle les oppositions de P.
Marzin à Gaston Letellier, responsable des études de commutation qui ne croyait
au progrès de l’informatique, et à Pierre
Goudet, qui dirigeait le département très avancé des Hyperfréquences. Elle
souligne aussi le rôle joué par Louis-Joseph Libois. Pierre Musso, Télécommunications et territoires, avant et
après la dérégulation Des
éléments de rupture sont intervenus dans la dialectique territoires / télécommunications :
la dérégulation initialisée dans les années 1980, le territoire virtuel
d’Internet dans les années 1990, le passage à une politique publique de
compétitivité dans l’aménagement du territoire et l’émergence d’une économie de
la connaissance. Avant 1980, le monopole public est centralisateur et les
collectivités locales ne jouent qu’un rôle marginal dans les télécoms, si ce
n’est après la loi de 1923 pour leur procurer des « avances remboursables ».
Un début de régionalisation intervient en 1971-73 avec la création des
Directions opérationnelles. Les premiers pas des collectivités
territoriales apparaissent dans les années 1980, avec le plan télématique, puis
le plan câble. Ils s’accompagnent de prémices de la dérégulation, avec
l’intervention des Compagnies des eaux et la revendication de
« téléports ». Mais la loi de 1990 n’apporte rien en ce qui concerne
l’aménagement du territoire. A partir de 1996, la dérégulation s’accélère et
les collectivités sont appelées à intervenir comme acteurs des télécoms, avec
un rôle croissant de la DATAR. En 2003, elles pourront même devenir opérateurs
de télécoms, non sans qu’il en résulte une « fracture numérique »
entre les régions accédant au haut débit et les autres. Mais les contraintes financières vont réduire
les ambitions et les rêves socio-culturels d’aménagement du territoire, au
profit d’une logique de management et de compétitivité. Les « pôles de
compétitivité » voudraient pourtant favoriser une relance de « l’économie
de la connaissance ». La discussion s’interroge sur la diversité
des situations européennes et sur le zonage des pôles de compétitivité. Elle
souligne les limites des moyens des Régions. Michel
Guillou, La technologie américaine à Pleumeur-Bodou
ou la rencontre d’une ambition nationale avec des projets internationaux Les débuts de la conquête de l’espace concernent
très vite aussi bien les télécoms que l’audiovisuel, et le CNET s’implique
rapidement Lorsque la possibilité d’orbites géostationnaire apparaît, un débat
porte sur son intérêt par rapport aux satellites défilants et un autre débat
porte sur le type optimal d’antenne à faible bruit : paraboles ou
cornet ? Une première expérience de
liaison trans-Atlantique a lieu avec le ballon américain satellisé Echo. Mais
l’enjeu audiovisuel est plus important et les Américains proposent aux Français
et aux Britanniques l’utilisation du satellite Relay. Une station de réception
est construite rapidement à Pleumeur-Bodou, avec la CGE et l’aide américaine
selon le modèle de AT&T de grand cornet sous un radome et les Français
reçoivent les premières images télévisées le 11 juillet 1962. Le CNET deviendra
par la suite un partenaire important des instances spatiales françaises et
européennes. La discussion revient sur le débat du choix
d’antenne où les arguments techniques et politiques ne coïncident pas toujours.
Il porte aussi sur l’influence alors des techniques américaines sur l’Europe
qui connut l’occupation. Les Britannique avaient une expérience en
radioastronomie ? qui leur a permis de construire leur propre antenne et
leur insuccès provisoire fut dû à des causes secondes. Pascal
Griset, Pleumeur-Bodou, quels enjeux pour
les entreprises américaines ? Les entreprises américaines souhaitent depuis
toujours contrôler le trafic trans-Atlantique. Elles avaient déjà tenté de
s’assurer le contrôle des câbles sous-marins et celui de la TSF, en jouant sur
des prix amortis sur le marché intérieur. AT&T craint la concurrence sur le
téléphone ; elle passe un accord en ce sens avec RCA et développe les
Bells Lab. Le premier câble téléphonique en 1956 est sien. Elle recherche des
interlocuteurs européens pour contrôler les satellites de communication. Mais
en 1972, elle doit se retirer du marché international pour ne garder que le
marché « domestique ». Dans la discussion, il est rappelé que France
Câbles disposait d’un certain contrôle des câbles sous-marins en 1894. On peut
aussi s’interroger sur la disparition finale de AT&T, dont le monopole commence
à être contesté dès la fin des années 1960 et est définitivement supprimé en
1984. Maurice
Bernard, Introduction à la séance Maintien
et développement de l’industrie des télécoms Pierre Marzin a très bien compris l’intérêt
d’études sur les composants - les pièces détachées comme on disait alors -. Il
existait, bien avant son arrivée en 1953, certaines études, comme sur les tubes
hyperfréquences ou sur le transistor au Ge, mais c’est à partir de 1960 que fut
décidée une orientation du CNET sur les sciences des matériaux et les
technologies optoélectroniques. La suite ne fit qu’amplifier cette tendance
avec la création du CNET-Grenoble sur les circuits intégrés au Silicium. Jean-Marie
Colin, Georges Phélizon, Antoine Sorba, Dualité
civil-militaire à l’époque de P. Marzin Les pionniers des télécoms ont été aussi bien
civils que militaires. Il suffit de rappeler les noms du capitaine Julien, du
commandant Bourragué, de Pierre David, d’Ernest Giboin, du professeur Messy, de
Maurice Delorraine, d’Alain Clavier, d’Emile Girardeau, de Pierre Brenot et du
général Ferrié. Pendant la guerre 1939-45, un certain regroupement s’effectue,
qui conduit à la création du CNET interministériel en 1944. Mais les tensions
entre ministères ne permettent pas que cette solution soit stable et les
applications civiles et militaires divergent. Si le réseau RITA, première
technique cellulaire en France, est un succès militaire, la commutation
temporelle est un succès civil. Dans la discussion, certains se demandent si
le caractère interministériel du CNET n’est pas dû à la nécessité d’intégrer
des militaires dans un cadre civil après l’occupation de la zone sud. Un autre
sujet est l’apparition d’un poste radio d’abonné dès 1977 chez les militaires. Michel Atten,
L’émergence de la R&D dans les
télécommunications françaises et le rôle de Pierre Marzin
Dans la discussion, le rôle du regretté Paul
Andrieux en composants est rappelé. Il est aussi souligné que P. Marzin a
toujours subordonné le CNET à la DGT, même si parfois la culture câble des
ingénieurs de la DGT retardait l’arrivée d’une innovation radio comme les
faisceaux hertziens. Patrice
Flichy, Une expérience réussie
d’articulation entre la recherche, l’enseignement et l’industrie :
l’exemple de Grenoble et du pôle Minatec Il est frappant de constater la vitesse avec
laquelle, dans ce cul-de-sac géographique qu’est Grenoble – comme Lannion- on a
vu converger recherche et industrie. La diversité des compétences était limitée
et l’articulation du local et du global s’est bien réalisée.De grandes équipes
ont été constituées, mais surtout le rôle des individus, à commencer par Néel,
a été décisif. Plus précisément, dans les relations recherche / industrie, les
pôles technologiques ont été financés par des fonds publics ; dans le
rapport local / global, la mondialisation a sans doute contribué à sortir du
modèle des Universités localisées et fermées sur elles-mêmes, sans oublier le
rôle des programmes nationaux ; dans la relation équipe / individus, de
grandes équipes en nucléaire et de grands équipements ont favorisé la mise en
réseau des relations humaines. La différence avec Lannion tient pour une part à
ce que Marzin est un entrepreneur et Néel un scientifique. Dans la discussion, il et souligné que
Grenoble et Lannion sont deux réussites dont il faut espérer qu’elles seront
durables. Fabrice
Marzin, Rôle des politiques et des
planificateurs dans le développement industriel de la Bretagne Le développement des télécommunications en
Bretagne a été lancé par Pierre Marzin et René Pléven, avec une vision d’avenir
sur les perspectives offertes par les télécommunications « sur la base
d’une politique d’innovation ».R. Pléven s’était consacré entièrement à
l’action politique, après avoir travaillé au meilleur niveau, de 1929 à 1939,
dans un grand groupe anglo-américain du téléphone. P. Marzin agissait, dans les
années 1950, pour automatiser le réseau téléphonique et pour accélérer le
déploiement de la télévision en Bretagne. Dès le début des années 1960, le CELIB,
présidé pare R. Pléven, met dans ses priorités le plan téléphonique breton.. Ce
plan sera adopté, à la fin de 1968, par le gouvernement et mené plus rapidement
que le plan routier, lancé en même temps. Au début des années 1970, la Bretagne
dispose d’un réseau téléphonique moderne, avec en prime, dans le cadre du
programme E 10, la numérisation du réseau du Trégor-Goëlo, premières
infrastructures de réseau numérisées. Jean-Jacques
Monnier, Géographes et économistes face
au développement des télécoms en Bretagne, 1905-1994 Maurice Le Lannou, longtemps chroniqueur au
journal Le Monde, a observé la crise
profonde affectant la Bretagne, et particulièrement le Trégor, avant
l’établissement du CNET à Lannion. Pour Michel Philiponneau, le projet Marzin,
médité depuis 1958, a été un succès. Pierre Georges, lui, était opposé à la
décentralisation industrielle. De leur côté, Pierre Flatrès et André Meynier se
sont très peu intéressés au développement des télécoms en Bretagne..Ce dernier
a cependant été frappé par l’articulation des vides de différentes natures, démographique,
automobile, téléphonique, etc., dans le développement de la Bretagne. En 1975,
Jean Gottman, pionnier des études géographiques sur le réseau téléphonique et
sur son rôle dans le développement d’un territoire, trouve insuffisantes les
études consacrées au téléphone. Enfin, Henri Krier, économiste, s’interroge sur
les utilisations de « l’autoroute électronique de l’ouest » après
1976. Au total, la prise de conscience de l’importance des télécoms a été assez
tardive en Bretagne du côté des universitaires. Résumés par François
du Castel et Philippe Dupuis Pascal
Griset, Les réseaux de l’innovation,
Pierre Marzin 1905-1994, éd.
Musée des télécoms, Pleumeur-Bodou, 2005 France
Télécom a demandé à l’historien Pascal Griset de rédiger un ouvrage court sur
la vie de P. Marzin. Dans ce document assez richement illustré, d’une
cinquantaine de pages, l’auteur rapporte d’abord l’enfance de ce Trégorois issu
de la mécanique agricole, que ses qualités conduisent à Polytechnique. Sorti
dans les PTT, Marzin s’oriente tout de suite vers la recherche et se fait un
nom sur les « courants porteurs ». Il traverse l’occupation nazie en
apportant un certain soutien à la Résistance. Après la Guerre, il prend la tête
de la Direction des recherches et du contrôle technique et, de là, il va
prendre en 1954 le contrôle du Centre national d’études des télécommunications créé
à la Libération. P.
Marzin a une vision de l’avenir, malgré la pénurie régnant dans la téléphonie
d’après-guerre. Il prépare les techniques du futur, en jouant notamment sur la
commutation numérique, avec L.-J. Libois, et sur l’arrivée de l’espace. Il a
aussi une vision de son pays, la Bretagne, et implante le CNET-Lannion, sans
omettre un environnement industriel, et le centre spatial de Pleumeur-Bodou. En
1968, il devient directeur général des Télécommunications et commence à
développer le téléphone, mais les moyens arriveront encore plus tard. Atteint
par l’âge de la retraite en 1973, il se fait alors élire sénateur des Côtes
d’Armor et continue de veiller sur son héritage jusqu’à son décès en 1994. Bien
résumé, ce petit livre fait revivre les années de lutte du service public pour
un développement national et régional des télécommunications, où Pierre Marzin
joua un rôle décisif. F. du Castel |