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Contribution
du Centre d’Etudes et Recherche d’IBM La Gaude à
l'histoire des télécommunications L’histoire de la
contribution du laboratoire d’IBM La Gaude aux télécommunications a fait
l’objet de réunions historiques de l’AHTI en décembre 2003 et janvier 2004.
Plutôt que de donner l’enregistrement des séances, comme le font d’habitude les
Cahiers, il a paru préférable
de reproduire un texte rédigé par l'équipe qui a pris en charge ces réunions. Préambule
Ce document illustre et explicite des
présentations faites lors de réunions organisées par l’Association pour
l’Histoire des Télécommunications et de l’Informatique (AHTI). Compte tenu de
l’activité importante que le Centre d'Etudes et Recherche IBM de La Gaude (CER)
a consacrée aux télécommunications, l'AHTI a souhaité que les contributions
significatives de ce laboratoire soient présentées dans le cadre des réunions
qu’elle organisait. Plusieurs ingénieurs du laboratoire, anciens
ou encore en activité, se sont réunis en groupe de travail pour exposer les
contributions qui leur paraissaient les plus importantes. Naturellement les
sujets retenus ne représentent pas un historique exhaustif. Deux sessions ont
eu lieu : l’une le 9 décembre 2004 qui retraçait l’histoire du
laboratoire, puis décrivait un ensemble de ses contributions principales.
L’autre le 13 janvier 2005, plus technique et plus détaillée, sur les
contributions considérées par les auteurs comme les plus innovantes. Ce texte,
rédigé par le groupe de travail, reflète la chronologie des deux sessions, et
couvre la période qui va de la création du CER aux années 1990.
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Pour atteindre des performances supérieures, les circuits analogiques tels que filtres et modulateurs se révélèrent trop imprécis. Dès 1964 des ingénieurs de La Gaude se tournèrent alors vers les traitements numériques, plus stables et plus précis et qui faisaient appel à des composants bien connus d'IBM. Dans ce domaine de nombreuses innovations furent introduites, tant en hardware qu'en algorithmes. La modulation numérique "à échos" introduite à la fin des années 1960 permit d’émettre des signaux multiphases très précis, qui contribuèrent au succès de ce type de modulation et ses dérivés comme le QAM. Peu après les techniques numériques furent introduites en réception et La Gaude y apportera des innovations significatives, qui seront abordées plus loin. |
Une seconde famille de modems dits
numériques a été introduite à la fin des années 1960. Ces modems utilisaient
une égalisation automatique rapide,
développée par IBM pour le fonctionnement sur lignes multipoints, ce qui a
surpris les spécialistes, au point que, lors de l'annonce du 7200 bit/s, un
ingénieur de Western Electric a pu déclarer que c'était impossible, mais
des milliers d’installation de ce type
ont bien été réalisées dans les
années 1970. C’était aussi la première fois,
qu’avec la demi vitesse à 3600 bit/s, on pouvait
transmettre à plus de 2400
bit/s sur le réseau commuté. Pionniers aussi dans un
autre domaine, ces modems
étaient les premiers produits IBM utilisant des circuits
intégrés de type FET.
La modulation codée en treillis fut inventée une quinzaine d’années
plus tard par un chercheur d’IBM Zurich en détachement à La Gaude. Il remarqua
que, dans une modulation QAM où un groupe de bits est codé par de nombreuses
combinaisons de phase et d'amplitude, les bits du groupe avaient des
probabilités différentes d'être mis en erreur par le bruit. Il en tint compte
pour créer un codage redondant adapté au signal physique. Cette invention
majeure permit des gains de 10 à 100 fois en taux d'erreurs et de développer
dans un premier temps un modem à 14 400 bit/s. Le procédé fut étendu à 19200
bit/s en 1988 et adopté comme avis V.32bis. Plus tard, il servit de base au
développement de l'avis V.34 à 33 600 bit/s, mais IBM avait décidé de cesser
ses activités dans le domaine. La modulation codée en treillis se retrouve
aujourd’hui dans la quasi-totalité des procédés modernes de transmission en
bande limitée. Le sujet est repris dans la troisième partie
.
En 1962, alors que les modems atteignaient péniblement quelques kbit/s, AT&T annonce les systèmes T1 transmettant 1544 Mbit/s sur paires téléphoniques à répéteurs. A IBM, ces débits ne sont atteints que sur le très volumineux Canal 360. Face à cette situation les ingénieurs de La Gaude se donnent trois objectifs :
| - acquérir
une compétence dans cette nouvelle technologie; - utiliser les futures liaisons MIC pour la transmission de données à grande vitesse; - assurer l'indépendance des applications et des liaisons par une transparence complète au contenu des données transmises. Une première liaison à 1 Mb/s est établie en 1968 entre deux ordinateurs sur un même site pour résoudre le problèmeparticulier d’un client. |
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En 1970 une liaison urbaine par ligne à répéteurs MIC
installée en collaboration avec les PTT fut la première réalisation de ce type
en exploitation commerciale, elle reliait deux établissements du Crédit
Lyonnais à Paris (Place de l’Opéra) et à Levallois-Perret. Il était prévu
d’utiliser des répéteurs MIC standards, mais, ceux-ci n’étant pas disponibles,
le laboratoire de La Gaude développa des répéteurs expérimentaux à la
norme MIC française de l'époque et les installa sous les rues de Paris dans des
coffrets précâblés par les PTT. Cette installation fonctionnera jusqu'à son
remplacement par une liaison MIC standard.
Le code HDB3 a été développé par IBM dans le
cadre de cette étude pour assurer la transparence de la ligne à répéteurs au
contenu des données. Présenté au CCITT en 1970 il sera adopté et incorporé à la
norme MIC européenne. Pour le RNIS, normalisé en 1984, IBM produisit en 1985 le
premier adaptateur d’équipements informatiques.
Tout au
long de son histoire, le laboratoire de La Gaude participe activement au
développement des réseaux informatiques en développant des contrôleurs de plus
en plus complexes. C’est en 1963, que le laboratoire lance les premières études
pour offrir une capacité de
télétraitement aux ordinateurs de la série 1400 (RIOS - Remote
Input Output System ). Ces études sont poursuivies à Kingston (N.Y.) pour
le produit IBM1460 et permettent de démarrer à La Gaude le développement du
premier contrôleur de communication attaché sur les canaux des systèmes 360 :
l’IBM 2701.
En 1969, le premier contrôleur de communication
programmé (IBM 3967) permet la communication avec tous types de protocoles
asynchrones et synchrones, dont le TTY/Télex, le BSC et de nombreux protocoles
propriétaires ou spécifiques de certains clients ou industries (comme ATA/IATA). Il sera suivi de l’IBM 3968, un
ordinateur 360/40 intégrant les mêmes fonctions. Cette nouvelle série de
contrôleurs de communications programmés, précurseurs de l’architecture de
réseau SNA, eut un succès indéniable en Europe et au Japon, en particulier
auprès des grandes compagnies ou organismes ayant leur propre réseau de
communication (banques des pays nordiques, chemins de fer fédéraux en Suisse,
compagnies aériennes comme Swissair), où ils seront utilisés durant plus de
10ans.
En 1974, IBM annonce son architecture de
réseau SNA ou System Network Architecture, dans le but d’organiser les
transmissions entre ses propres produits, qui, développés dans des lieux et des
divisions différentes, prenaient des chemins incompatibles dans ce domaine.
L’architecture SNA formalisait à travers une succession de couches logiques,
les communications de bout en bout entre terminaux et applications. Il est
intéressant de noter que, dès l’annonce de SNA, le besoin d’une architecture
plus décentralisée a été reconnu et un groupe de réflexion, réunissant des
experts de diverses organisations IBM, a été mise en place sous la direction de
La Gaude, pour rechercher quelle forme
d’évolution pouvait être envisagée. Ce groupe avait comme objectif de voir
comment faire évoluer SNA d’une architecture de système à l’origine totalement
centralisée – chaque ordinateur, avec son contrôleur de communication possédait
tous les terminaux qui lui étaient connectés – vers une architecture qui
permettrait à n’importe quel terminal du réseau d’accéder à n’importe quelle
application dans n’importe quel ordinateur de ce réseau, et même, de façon
ultime, permettrait à n’importe quel terminal de communiquer avec n’importe
quel terminal du réseau, ce qui sera finalement matérialisé par l’architecture
distribuée APPN , Advanced
Peer-to-Peer Networking, à la fin des années 1980. Plusieurs étapes et
niveaux possibles ont été définis pour arriver à une architecture où, au final,
le contrôle du réseau lui- même pouvait être décentralisé. Cette ouverture aux
réseaux maillés a été déterminante pour assurer le succès stratégique de
SNA : 60.000 réseaux d’entreprise installés dans le monde.
En 1978, la mission de développement des
contrôleurs de communication - au niveau mondial - est confiée au laboratoire
de La Gaude. Son objectif est de fournir à l’architecture SNA, annoncée en
1974, un nœud de réseau autonome programmé. Le logiciel NCP, ou Network
Control Program, est développé aux Etats-Unis, à Raleigh en Caroline du Nord. Un premier contrôleur,
le 3725, est commercialisé en 1983. Il est pourvu d’un système autonome de
maintenance et de supervision, permettant une réduction considérable des durées
d’intervention, en cas de changement de configuration du réseau, ou d’incident
matériel.
La seconde génération de contrôleurs, l’IBM
3745, est annoncée en 1988, et se caractérise par un double processeur
central et le support de lignes à haute vitesse, jusqu’à 8 lignes à 2 Mbit/s.
Le 1000ème réseau SNA sera annoncé l’année suivante. Le 3745 sera
constamment amélioré jusqu’en 2001, suivant deux directions fondamentales,
élaborées en étroite collaboration avec les extensions de l’architecture
SNA : assurer la continuité du trafic en cas de défaillance d’un organe
(nœud, ligne, réseau local ou attachement au canal 360) ; assurer
l’ouverture vers d’autres architectures ou protocoles (APPN, IP, Fast
Ethernet)
Le premier objectif - la continuité du trafic
- sera assurée par contournement automatique de la panne (nœud alterné ou route
parallèle). En cas de panne, le trafic est ralenti, mais n’est pas interrompu.
Les accès physiques aux différents organes matériels se font par
l’intermédiaire de matrices de commutation spatiale non bloquantes, commandées
par les logiciels de contrôle du réseau. La redondance apportée par les organes
dupliqués est utilisée pour écouler d’avantage de trafic en l’absence de panne.
Il n’y a pas d’organe en veille. Ainsi,
grâce à son double processeur, chaque contrôleur 3745 offre deux nœuds de
réseau indépendants. Enfin, le rechargement automatique des logiciels en cas de
panne, permet une remise en route quasi immédiate, au cas le plus probable de
problème contextuel de logiciel.
Le deuxième objectif - l’ouverture à d’autres
architectures ou protocoles de lignes - sera obtenu grâce à l’utilisation d’adaptateurs
intelligents et à la formalisation des frontières dans la couche de transport
de SNA, permettant ainsi de séparer les différents protocoles de lignes, de
réseaux locaux et de canaux 360, du cœur du logiciel de contrôle de réseau
(NCP). Chaque adaptateur devient autonome grâce au logiciel qui le contrôle. Il
est donc possible d’ajouter de nouveaux protocoles sans modification du
logiciel de contrôle de nœud.
Entre 1992
et 1996 seront commercialisés les modèles IBM 3746/900 et IBM 3746/950.
Aujourd’hui, plus de 12 000 contrôleurs
374x sont toujours en service dans 3400 réseaux.
Autocommutateurs privés
L’utilisation de contrôleurs à
programme enregistré est apparue dans les années 1960 comme une évolution
prévisible des centraux téléphoniques. C’était en principe une opportunité pour
les fabricants de matériel informatique, mais le marché des centraux publics ne
leur était guère accessible. C’est dans ce contexte que La Gaude a choisi
de prendre position sur le marché de la commutation privée.
1964 : Lancement à La Gaude du programme Carnation (œillet en anglais, par allusion à la Côte d'Azur). Ses objectifs étaient de comprendre la situation et l’évolution possible du contenu informatique dans la commutation et d’étudier des opportunités de développement de produits et services en commutation privée pour la voix et les données, en Europe plus spécifiquement : s compromis.
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Études de marché et potentiel ciblées sur l’Europe ;
puis étendues progressivement jusqu’aux Etats-Unis. Étude de la réglementation,
de l’homologation et des normes. Énorme travail de recherches, d’études et de synthèses de documents en langue nationale, devant nous conduire à définir les dénominateurs communs. Les différences importantes et les points de litiges devaient nous forcer, au cours de longues négociations, à proposer des déviations ou à accepter de |
Études technologiques : études
comparatives des réseaux de commutation de toute nature, puis développement
d’un réseau spatial intégré et développement, test et exploitation des autres
composants de l’autocommutateur
Système et programmation : au cours de la vie du projet, cette
activité allait entraîner le développement de plus d’un million de lignes de
code (commutation de base pour postes, opérateurs, liaisons commutées et
spécialisées, fonctions nouvelles pour voix et données, gestion du système,
maintenance).
utilisateurs.
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1966 : Premier système pour test, agrément PTT et exploitation réelle à La Gaude. Mise en route, en parallèle, d’un système automatique de test des fonctions et des performances (TESA), simulant l’environnement téléphonique et ses | ![]() |
1968 :
Début de la saga des systèmes de
test. Basés sur l’autocommutateur IBM 2750 encore en
développement, des systèmes prototypes sont
installés dans une dizaine de pays : 2
systèmes en France et 1 en Allemagne, au Royaume Uni, en Italie,
aux Pays Bas,
au Danemark, en Suède, au Brésil, en Finlande, en
Autriche, en Belgique et aux Etats-Unis..
1969 : Commercialisation de l’IBM 2750, premier système privé de
commutation pour voix et données, 200 à 756 lignes
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1972 : Annonce en Europe de l’IBM 3750, autocommutateur deux à trois
fois plus puissant. Projet de commercialisation aux États-unis, les fonctions sont adaptées et des prototypes en vraie grandeur sont construits. Le laboratoire américain de Kingston (N.Y.) s’est associé au programme pour l’annonce de terminaux spécifiques, tout en développant un petit autocommutateur temporel. Les consultants américains spécialisés estimaient que le 3750 avait trois ans d’avance d’un point de vue technique et fonctionnel sur le marché américain. |
1973 : Abandon des plans de commercialisation de l’IBM 3750 aux
États-Unis, principalement pour des raisons de politique industrielle.
1974 : Mise en place d’un programme très ambitieux de systèmes tout
numérique (ALSS), abandonné en 1977, vu l’importance des investissements.
1979 : Annonce d’un petit système
autocommutateur IBM 1750. Démarrage d’un programme mesuré de migration vers des
systèmes numériques (47FG).
1981 : Transfert du programme au laboratoire de Raleigh, NC
1984 : Arrêt du programme, valeur stratégique remise en question par
des technologies alternatives. L'intégration des données dans la téléphonie se
heurtait à la concurrence des réseaux locaux, Ethernet et anneau à jeton d’IBM.
Si l'intégration voix-données est aujourd'hui une réalité, c'est parce que la voix elle-même est devenue une suite de données numériques parmi d'autres ; avec l'ATM et la voix sur IP, ce sont les réseaux de données par paquets qui, à terme, intègreront la téléphonie, évolution non envisagaeble en 1984
Traitement numérique de la parole
Dialoguer verbalement avec un ordinateur est un des plus
anciens rêves des chercheurs, mais il est loin d’être complètement réalisé
aujourd’hui. La première étape dans cette recherche, la plus facile, est de
faire parler l’ordinateur à partir de textes enregistrés, c'est la réponse
vocale. La deuxième étape est la reconnaissance vocale qui permet à
l’ordinateur de comprendre la parole et de la transcrire sous forme de texte.
Dès les années 1960, IBM lance un programme de recherche sur la reconnaissance
vocale dans son laboratoire de Yorktown aux USA, mais cette recherche
n'aboutira que dans les années 80. En 1965 IBM introduit deux périphériques à
réponse vocale, l'un à enregistrement magnétique, l'autre à synthèse de la voix
selon la technique du vocodeur présentée par AT&T à la World's Fair
de New York en 1964. C'est cette dernière (IBM 7772) qui est développée à La
Gaude. L’utilisation du vocodeur avait pour avantage de réduire l’information
vocale à une taille acceptable pour les mémoires de l’époque. C’était un appareil
analogique qui séparait le spectre vocal en canaux et extrayait tant bien que
mal la fréquence fondamentale d’excitation (le pitch). Il fallait donc
analyser la voix avant de la numériser et de la stocker ; cette entreprise
était peut-être trop ambitieuse pour l'informatique de l'époque, mais elle
établit la compétence du CER en codage numérique de la voix.
Le
transcodage de la voix des plongeurs en
atmosphère d’hélium fut un sous-produit de cette
activité. Il fut effectivement
utilisé à titre expérimental, mais le
marché étant très étroit, il n’eut
pas
plus de succès commercial que le 7772. L’activité de codage efficace de la voix continua néanmoins en
collaboration avec l’Université de Nice, sous la forme de nombreuses thèses et
contrats et évolua avec l’apparition de nouvelles technologies et algorithmes. Cette activité produisit de nombreuses contributions
techniques et scientifiques.
En 1976, l’invention à La Gaude des filtres
miroir en quadrature (QMF) rend pratique le codage en sous-bandes, et permet de
réduire le débit du canal vocal de 64 kbit/s à 16 kbit/s sans perte de qualité.
Les QMF sont largement employés aujourd’hui en codage vocal et musical, en
particulier dans la norme MP3. Ils sont décrits plus loin en détails. En 1982, le laboratoire de La Gaude développe un système réalisant
l’intégration de la voix et des données sur SNA. La transmission
de la voix compressée sur le réseau informatique de l'entreprise permettait de
réaliser des économies de coût et d’assurer la confidentialité par la
cryptographie. On peut considérer cette réalisation comme un précurseur de la
voix sur IP aujourd’hui largement répandue.
Dès 1985, le laboratoire de La Gaude
collabora avec le CNET à la normalisation du futur téléphone mobile Pan
Européen, au sein du Groupe Spécial Mobile (GSM) de la Conférence Européenne
des administrations des Postes et Télécommunications (CEPT). Le codeur
(MPE/LTP), proposé par IBM à la demande du CNET, est choisi au niveau français
après des tests à Lannion en Juillet 1986, puis présenté en octobre à Turin
pour les tests au niveau européen. Les experts, réunis en janvier 1987 à La
Haye, réduiront le choix à deux propositions : le codeur IBM (MPE/LTP) et celui
proposé par Philips PKI (RPE) moins complexe, mais plus sensible aux erreurs de
transmission. Le codeur final RPE/LTP, fonctionnant à 13 kbit/s sera défini en
collaboration entre IBM et Philips et finalement approuvé en juillet 1987.
L’expérience acquise dans le développement du
codeur GSM et dans le domaine des processeurs de signaux est immédiatement
exploitée pour créer des serveurs vocaux intelligents (IVR – Intelligent
Voice Response Unit). Le programme DT 6000 - (Digital Talk 6000),
aboutit très vite au déploiement en masse dans les offres de service d’IBM et
de ses clients. Pour adresser une demande en croissance depuis vingt ans, ce
programme se poursuit encore aujourd’hui avec 6 millions de canaux en service.
En 1993, IBM réalise une introduction commerciale de la téléphonie dans les
réseaux à haut débit. L’expérience acquise en traitement de la parole numérique
(compression, annulation d’écho, signalisation, etc.) est incorporée dans le
programme du commutateur de réseau à haut débit IBM Nways 2220, et
donne lieu à une des premières offres commerciales de voix sur ATM. De nombreux
éléments de cette technologie seront repris pour définir la voix sur IP dans
les routeurs actuels.
Expertise en connaissance et utilisation des
réseaux
Les
réseaux avaient à l’origine des caractéristiques spécifiques et s’y connecter
relevait de la gageure : souvent, ils n’avaient pas les mêmes connecteurs,
interfaces, protocoles, conditions d’homologation, tests requis, tarifs, etc.
Beaucoup de pays avaient des modems obligatoires. Il fallait collecter,
analyser, tester tous ces paramètres pour chaque réseau. Les restrictions
d’utilisation et la disponibilité étaient aussi des facteurs importants. Le laboratoire a dès 1964
analysé systématiquement ces interfaces et testé les modems obligatoires pour
donner aux développeurs toutes les informations nécessaires. Cela a permis la
connexion de centaines de produits dans des dizaines de pays. Par ailleurs, une gamme importante de modems et adaptateurs multi-pays ont
été développés et commercialisés.
Dès
1967, La Gaude a établi une équipe d’experts et d’antennes dans les pays
d’Europe, d’Amérique du sud et d’Extrême-Orient pour collecter les
informations. A partir de traductions et de synthèses constamment mises à jour,
des négociations ont été entreprises avec les labos techniques des PTT pour
interprétation. Cette base de connaissance nous a permis de proposer des
convergences et des simplifications au niveau européen et mondial. Les
procédures d’agrément (homologation) ont été documentées pour tous les réseaux
sous forme de spécifications détaillées, qui s’imposaient à tous les produits
IBM. Cela a permis la connexion de centaines de produits dans plus de 25 pays.
Ainsi, dès 1975 la transmission de données sur réseau téléphonique commuté avec
appel automatique, une nouveauté à l’époque, fut imposée aux produits IBM pour permettre
la maintenance à distance des réseaux de ses clients.
Dans
les
années 1960, 70 et 80 le Centre d’Études et de
Recherches de La Gaude a très
activement assuré la coordination, la participation et les
contributions
techniques d’IBM aux comités nationaux, européens
et internationaux de
normalisation des télécommunications /
téléinformatique. A cause de la
complexité des sujets techniques, de la pluralité des
comités de normalisation,
de l’environnement industriel des
télécommunications: monopoles des administrations
de télécommunication et de la vive concurrence entre les
constructeurs
informatiques, une coordination stricte de la participation et des
contributions techniques était indispensable pour la compagnie
IBM. La
responsabilité de la coordination des activités
concernant la normalisation des
télécommunications et de la
téléinformatique a été confiée aux
deux
laboratoires d’IBM spécialisés : Raleigh
(Caroline du Nord ) pour les
Etats-Unis et La Gaude pour l’Europe et le reste du monde. Ce
partage de
responsabilités était dû essentiellement au fait
que l’environnement du marché
des télécommunications des E-U était
déjà très libéral comparé au reste
du
monde, où les télécommunications étaient
presque toujours sous le contrôle des
Etats.
Dans
cette activité de coordination, La Gaude était donc en relation d’une part avec
la plupart des laboratoires de développement de la compagnie et d’autre part
avec les instances de normalisation françaises, européennes et mondiales.
Les experts de La Gaude ont utilisé leur connaissance de ces aspects
réglementaires dans de nombreux pays pour en promouvoir la simplification
auprès des organismes nationaux de réglementation et auprès de la Commission
Européenne. A partir de 1983, IBM a pu contribuer aux programmes de
libéralisation des télécommunications en Europe. Ces programmes ont eu pour
résultat une concurrence dans l’offre de services, des simplifications en
matière d’agrément et des normes européennes.
D’autres contributions spécifiques et
importantes ont été apportées :
- Tests et convergence des
réseaux publics de données PDN X.21 et X.25. Les réseaux publics de
transmission de données sont apparus dans les années 75, expérimentaux d’abord,
puis opérationnels dans les deux technologies de commutation par paquet (X.25)
et de circuit (X.21). Comme il est dit plus haut, le laboratoire de La Gaude
s’est beaucoup investi dans les tests de connexion à ces réseaux et aux
problèmes liés à l’utilisation de nouveaux protocoles de niveau 2 et 3 (selon
le modèle SNA/OSI). Des analyses et tests détaillés ont été faits par exemple sur les premiers
réseaux pilotes X.25 en France, au Canada, au Japon et aux E-U. Développer des
adaptateurs communs était un véritable challenge et un constat sur les
divergences a été communiqué en détail à une conférence internationale, à
Boston en 1979. La CEPT s’est alors attachée à réaliser une meilleure
convergence, ce qui a conduit à une solution de support et une utilisation
viable de ces réseaux.
- Simulation des protocoles des réseaux PDN X.21 et X.25. Les
nouveaux protocoles de niveau 2 pour les réseaux de type X.21 et les protocoles
de niveau 2 et 3 pour les réseaux X.25 présentaient des imperfections dans
l'état où ces normes étaient spécifiées par le CCITT. Leur mise en œuvre montrait
de nombreuses failles, et même quelques erreurs fatales. Un nombre considérable
de cas de figures a dû être simulé par le laboratoire de recherche de Zurich
pour l’utilisation de ces protocoles. Travail méticuleux et très lourd qui nous
a permis de contribuer à l’effort de normalisation.
- Support de l’OSI : Laboratoire de test de conformité à l’OSI. L’Open
Systems Interconnection est un ensemble de normes d’architecture, de
services et de protocoles pour
l’interconnexion de systèmes hétérogènes. IBM l’a utilisé sur plusieurs
plateformes qui ont mis en oeuvre les différentes couches de l’OSI.Le CER de La
Gaude s’est investi, à partir de 1985, pour mettre en place un laboratoire
dédié au test de la conformité aux normes OSI, depuis les couches transport (4)
et supérieures, jusqu'aux protocoles de transfert de fichiers
( FTAM ) et messagerie ( X.400 ). Ce laboratoire a été
accrédité par le RNE (Réseau National d’Essais installé en France pour l’Europe
entière). Depuis 1986, il a fourni des services de vérification
d’interopérabilité en Europe, permettant de vérifier que des systèmes
supportant les protocoles OSI fonctionnaient correctement avec les systèmes IBM
offrant des fonctions équivalentes.
Le laboratoire a testé des produits
OSI de différents vendeurs et a enregistré les résultats de tests entre 24
combinaisons de produits IBM et autres dans le Registre de la base de données
OSINET. Ce laboratoire a également été accrédité aux E-U dans le cadre du
programme NVLAP (National Voluntary Laboratory Accreditation Program).
Il a testé des produits pour leur conformité au GOSIP (US Government OSI
Profile). Il a ainsi participé mondialement à la promotion des solutions OSI
Normalisation
Les études et la recherche
sur les télécommunications sont étroitement liées aux travaux internationaux de
développement des normes, pour assurer la compatibilité entre les réseaux,
systèmes et produits mis en œuvre par différents constructeurs ou administrations
des télécommunications. Dans ce cadre, le CER de La Gaude a eu la
responsabilité mondiale (E-U exceptés) de coordination de la participation et
des contributions techniques d’IBM pour tous les comités de normalisation
internationaux (IUT/CCITT, ISO), européens (ECMA, ETSI) et nationaux (AFNOR,
BSI, etc.). Cette activité a contribué à l’élaboration et à la convergence de
nombreuses normes internationales et européennes. Ainsi dans
les années 1960, le protocole IBM BSC a été adopté comme norme internationale
sous le nom Mode de base et étendu. Dans
les années 1970, le protocole IBM SDLC a été adopté comme norme internationale
sous le nom HDLC (utilisée aujourd’hui
dans tous les réseaux, y compris téléphoniques)
A
partir de 1975, les réseaux
publics de transmission de données ont commencé à
apparaître. Après de
nombreuses collaborations avec les opérateurs et les
comités de normalisation,
les réseaux publics de commutation de circuits (X.21) et par
paquets (X.25)
sont apparus avec une nette poussée en Europe. Comme notre
architecture de
système SNA avait été développée et
mise en œuvre depuis le début des années
70, il a fallu d’une part étudier et tester ces nouveaux
réseaux et d’autre
part adapter certaines fonctions de
notre architecture,ainsi que les adaptateurs de communication, pour assurer la
connexion à ces nouveaux réseaux et leur intégration dans SNA.
Dans les
années 1960 et 1970, nos contributions concernaient essentiellement la
transmission des données, les modems et interfaces (Avis CCITT de la série V),
la protection contre les erreurs, les protocoles de liens (Data link),
la signalisation (en particulier par fréquences, ou tonalité – Q.23 bis), la
commutation par paquets (X.25).
A partir de la fin
des années 1970 et surtout pendant toute la décennie 1980, le problème de
l’interconnexion et de l’interopérabilité entre les systèmes informatiques
hétérogènes devenait crucial et le besoin de normes internationales s’imposait.
Les experts en architecture de systèmes de La Gaude ont apporté l’expertise
d’IBM pour contribuer à l’analyse détaillée des problèmes à résoudre,
conduisant ainsi à la compréhension mutuelle et la coopération entre
communicants et informaticiens. La synergie technique obtenue n’est pas
étrangère au succès du développement de l’interconnexion des réseaux et
systèmes informatiques.
L’architecture IBM SNA a ainsi servi de modèle pour la normalisation d’une architecture de réseau en couches, avec la définition détaillée des services et des protocoles pour chaque couche, aboutissant aux normes OSI. Contribution de la modulation par codage en treillis pour les normes de modems à haute vitesse. Participation active à la normalisation du RNIS. Participation active et contributions à la normalisation de l’administration des réseaux (Network Management). A la demande du CCITT un expert de La Gaude a même été nommé rapporteur sur l’administration des réseaux pour la Commission XVII. Contributions à la normalisation deu GSM, d’ATM, du Relais de trames (Frame relay) et à la conformité aux normes.
Par ce travail collectif, qui n'engage
que ses auteurs, nous nous sommes efforcés de présenter les travaux les plus
significatifs réalisés par le Centre d'Etudes et de Recherche d'IBM La Gaude et
de marquer son rôle dans la mutation des télécommunications au cours du
demi-siècle écoulé. Nous espérons avoir montré que ce rôle ne se limitait pas à
la recherche d'opportunités commerciales, mais qu’il a aussi contribué à une
vision à plus long terme pour l'ensemble du domaine.
Nous pensons que son action a eu un effet
positif sur l'ensemble de l'industrie, particulièrement européenne par
l'introduction de produits innovants, par des techniques souvent adoptées dans
le domaine public et par une contribution à l’élaboration et à la convergence
des normes internationales. De nombreux acteurs de cette histoire ont été
consultés pour établir ce mémoire, rédigé par les contributeurs ci-dessous, avec le soutien du
Directeur du CER.
Michel
Bastian, Marc Boisseau, Alain Croisier, Robert Cohendet, Claude Galand, Jacques
Gros, Etienne Gorog, Philippe Hernandez, Michel Humbert, Jean Lorrain, Cuong
Ngo‑Mai, Pierre Secondo.


Annexe
Description des contributions les plus novatrices
Dans la première partie de ce document, nous avons
relaté les contributions générales du laboratoire, c'est-à-dire les missions,
projets et produits qui y furent développés et qui tinrent une place
significative sur le marché des télécommunications. Dans cette annexe technique,
nous examinerons de façon plus détaillée les contributions les plus novatrices,
inventions et concepts qui ont laissé leur marque dans l’état de l’art. Les contributions concernent les autocommutateurs électroniques, le traitement
numérique du signal et la téléinformatique.
Réseau spatial intégré
Pour les premiers
autocommutateurs IBM, aucune technique de commutation téléphonique n'a été
exclue à priori, même électromécanique. La technologie dominante à l'époque
était la matrice électromécanique dite crossbar, qui remplaçait
progressivement la technologie strowger. Les grands centraux
commençaient aussi à utiliser des relais à tige, sous ampoule de verre dits reed
relays. D'autre part, des prototypes de centraux privés (PBX ou PABX pour Private
Automatic Branch Exchange) avaient été construits sur la base de la
commutation temporelle, en modulation d'amplitude par impulsions (MIC). La
numérisation de la voix apparaissait en transmission, mais la technologie de
l'époque ne permettait pas de l'appliquer en commutation.
IBM dans cette entreprise ne pouvait dépendre de composants produits par ses futurs concurrents en téléphonie, ce qui rendait impraticable l'utilisation de crossbars ou de relais à tige. Un premier modèle d'essai de 30 lignes fut construit sur la base de la commutation temporelle analogique, il servit à des essais de laboratoire, mais cette approche avait deux limitations majeures : elle ne permettait pas de construire de grands réseaux et elle ne pouvait satisfaire aux normes d'atténuation très strictes imposées aux PABX, normes que les réseaux à contacts métalliques atteignaient sans problème.
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La position de nouvelle venue d'IBM ne lui permettait pas d'espérer un assouplissement de la réglementation en sa faveur. C'est donc une nécessité technico-commerciale qui l'a poussée à chercher une autre approche pour ses produits. Elle l'a finalement trouvée sous la forme de points de connexion à thyristors, astucieusement dérivés de la technologie des transistors au silicium produits massivement à l'usine de Corbeil-Essonnes pour les ordinateurs du Système 360. Ces composants de 1 mm² furent les tout premiers circuits intégrés fabriqués par IBM. |
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La transmission dans le réseau était bidirectionnelle, comme dans
un réseau électromécanique classique, mais elle n'utilisait qu'un seul fil sur
une masse commune. La densité de la connectique dérivée de celle des
ordinateurs a permis cette simplification tout en respectant les normes de
diaphonie les plus sévères. En fonctionnement, chaque thyristor introduisait
une résistance série de 6 Ohm qui n'aurait pas permis de respecter la
contrainte d'atténuation. Pour corriger cet inconvénient, un circuit actif à
résistance négative fut inséré dans un joncteur interne, au point central de la
connexion.
Parallèlement au développement du réseau, il a fallu développer
une batterie de circuits adaptés à cette nouvelle technologie :
adaptateurs de lignes extérieurs et intérieures, joncteurs internes,
explorateurs, codeurs/décodeurs, sérialiseurs / désérialiseurs, feeders,
interfaces au contrôleur, etc. Toutes sortes d’équipements qu’il a fallu
continuer d’adapter, au fur et à mesure de l’extension géographique du
programme et de l’évolution des règlements. Cette technologie était innovante
et efficace et le resta longtemps, mais les progrès de l'intégration à grande
échelle allaient rapidement favoriser les approches numériques dans les
stratégies de produits concurrents.
Cependant IBM ne prendra pas cette voie et abandonnera la commutation
téléphonique en 1984.
Basculement de contrôle
sans interruption de service
Les fonctions d’un autocommutateur sont vitales et les interruptions
de service doivent rester rarissimes. Lorsque les organes de contrôle sont
centralisés il est impératif d’y introduire une redondance. Dans l’état de
l’art en 1964/65 (cf. ESS1 d’AT&T), deux contrôleurs identiques exercent
les opérations en synchronisme. En cas de défaillance de l’un deux, l’autre
poursuit seul. Cette architecture présente toutefois une faille très grave, car
elle ne protège pas des erreurs de logiciel, les deux contrôleurs faisant la
même faute au même cycle.
Dans l’architecture
développée à La Gaude, les deux contrôleurs, alimentés indépendamment, sont
préchargés du même logiciel d’exploitation des appels et des connexions. L’un
est actif, et se charge effectivement du contrôle. L’autre est en veille et
"s’auto diagnostique" en permanence. Les deux contrôleurs envoient un
signal OK (tout va bien), toutes les secondes, à un organe tiers, dit
commutateur de basculement, simplifié au maximum, mais réalisé en logique
majoritaire et alimenté indépendamment. Un avis de réception est renvoyé
aux contrôleurs. L’absence confirmée d’un signal OK, va déclencher une action
: si le contrôleur en veille est
défaillant, un appel est émis vers le sous-système de maintenance ; si le
contrôleur actif est défaillant, le commutateur de basculement transfère le
contrôle au contrôleur en veille par activation de portes d’entrée/sortie vers
le réseau et les adaptateurs de ligne.
Le nouveau contrôleur actif va lire dans le réseau l’état de
toutes les connexions établies, mettre à jour ses tables en accord avec cet
état, puis reprendre le contrôle des nouveaux appels. Les connexions dans le
réseau étant maintenues par les points de connexion bistables, le basculement
est transparent aux abonnés en cours de conversation. Seuls les appels en cours
d’établissement au moment de la panne devront être réinitialisés.
Deux mesures additionnelles permettent de vérifier le bon
fonctionnement de ce mécanisme : le bon état du commutateur de basculement
est vérifié grâce au signal d’avis de réception, par le contrôleur en
veille ; chaque nuit, un basculement forcé est effectué, pour assurer
l’intégrité de tous les organes de chacun des contrôleurs. Cette architecture a
permis d'atteindre l'objectif fixé d'un temps moyen entre pannes de système
supérieur à 50 ans.
Fonctions avancées
Un des avantages attendus du contrôle programmé en téléphonie
était l'introduction de nouvelles fonctions plus complexes que la simple
commutation de A vers B. Dans ce domaine, le principal problème est rapidement
devenu celui de brider l’imagination des planificateurs, encouragés par les
gens de terrain, et des programmeurs, pour que les fonctions puissent être
pratiquement utilisées par tout le monde au moyen, au début, d’un téléphone à
cadran ou au mieux à touches, car il était alors impensable d'imposer un
appareil particulier aux postes d'extension pour des raisons tant de coût que
d'homologation. Le plus remarquable fut la mise en opération réelle de bon
nombre de fonctions dans la panoplie offerte par les opérateurs actuels (double
appel, conférence, attente signalée, numéro personnel permanent etc.) et
d’autres encore plus inattendues, tels que : gestion de
contacts ; sécurité, contrôle d’entrée, de sortie et de présence ;
mise à jour du système par le client ; diagnostic et maintenance à
distance, tel que l’isolation de parties défectueuses du réseau de connexion
.
Plus d’un million de lignes de codes ont été développées, dans
les premières années (1965-70). Ces programmes couvraient depuis les systèmes
de génération de programme jusqu’aux programmes de mise à jour ou dépannage à
distance, en passant, bien sûr, par le cœur du système : son programme
opérationnel en temps réel. Après avoir été le premier à utiliser la sélection
directe à l’arrivée (SDA), le système élargit ses fonctions à la gestion de réseaux
privés d'autocommutateurs reliés par liaisons spécialisées, offrant ainsi une numérotation intégrée et
des fonctions avancées de sécurité. Un tel réseau sera exploité par l'Etat français lui-même.
Un dispositif de
support à distance a été également offert ; il permettait de recevoir des
alarmes en temps réel dans un centre de support en cas de dysfonctionnement, de
lancer des programmes de diagnostic, d'isoler une partie du système et de
mettre à jour les programmes par téléchargement, innovation considérable dans
le monde des télécommunications. Un système automatique de test et de
qualification était défini et installé dans le même temps, pour simuler
l’environnement, vérifier le fonctionnement et mesurer les performances :
ce système électronique, TESA, était également contrôlé par ordinateur.
Déploiement international
IBM avait choisi d'entrer dans la téléphonie avec les autocommutateurs
pour seul produit, mais son ambition était internationale, comme pour ses
autres produits. Par contre, les réglementations n'avaient qu'une portée
nationale. Il fallait donc que le même produit s'adapte aux contextes nationaux
et puisse être validé dans ces environnements, une exigence relativement
nouvelle en téléphonie.
En 1966 un premier système prototype fut installé à La Gaude
en opération réelle, pour en prouver la faisabilité en vue de l'agrément par
les PTT. A partir de 1968, un système prototype est installé dans chacun des
grands pays, suivant un calendrier
fonction des accords obtenus sur leur réglementation, de la situation
stratégique du pays et de la disponibilité et rentabilité des moyens nécessaires. Une dizaine de pays
seront couverts, d’abord basés sur le 2750 encore en développement :
France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Danemark, Suède, Brésil, Finlande,
Autriche et Etats-Unis. Cet exploit sur le plan logistique a largement contribué à l’accélération
et à l’optimisation des processus de normalisation pour les autocommutateurs et
réseaux prives électroniques, en Europe et au-delà.
Tout le travail de planification,
d’installation et d’agrément des systèmes prototypes (Field Test Models) a
sensibilisé très tôt aux caractéristiques particulières des systèmes
électroniques à programme enregistré les Administrations et les autres
fabricants, sans parler d’IBM elle-même, , contribuant ainsi à une
standardisation beaucoup plus rapide et mieux comprise par tous.
Architectures et processeurs
Au début de l'époque qui nous concerne, IBM était une industrie
totalement intégrée, de la production des composants au service après-vente,
elle fabriquait ses transistors et ses circuits logiques en très grand volume
sur des chaînes entièrement automatisées. Ces composants étaient toutefois
uniquement destinés au calcul et parfaitement caractérisés comme tels, ils
entraient dans des procédures d'ingénierie très codifiées, de la conception des
circuits à leur test et à leur maintenance en clientèle. Tout composant qui
n’entrait pas dans ce cadre devait être acheté et faire l'objet d'une
certification par IBM, les produits qui les utilisaient demandaient un effort
considérable pour les plier aux règles de travail des usines et de la
maintenance.
Pour les ingénieurs de La Gaude qui voulaient créer des produits
de télécommunication, utiliser les composants maison était donc une
opportunité, mais aussi une contrainte. La conception d'un simple amplificateur
peut en effet devenir un casse-tête lorsqu'on essaie de le réaliser avec des
transistors dont les paramètres linéaires ne sont pas définis ! Il n’est pas
étonnant dans ce contexte que ces ingénieurs aient très activement recherché
des solutions numériques aux problèmes analogiques ; cette démarche était
toutefois limitée par les possibilités de la technologie qui étaient encore
très pauvres dans les années 1960.
La première opportunité apparut en 1969, avec un accès au signal
désiré n'utilisant que des circuits logiques et des réseaux de résistances.
Après passage dans un filtre passe-bas, on obtenait des signaux parfaitement
calibrés avec les propriétés requises dans le domaine du temps et des
fréquences. Cela paraît évident, voire banal aujourd'hui, mais ce fut un
progrès décisif qui permit de réaliser des modems à modulation de phase et
d'amplitude très performants.

Lorsque la performance des circuits logiques s'accrut un peu, on s'essaya au traitement numérique des signaux en réception. Les principes étaient connus, mais leur application aux modems n'était pas évidente du fait de la charge de calcul très élevée. Il fallut donc encore se montrer inventif. Des techniques semi-numériques furent d'abord employées en égalisation automatique, grâce à la modulation delta, dont le décodage très simple facilitait la conception de filtres transversaux.
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Le passage au traitement purement numérique devint une réalité grâce à une architecture innovante de traitement de signal, développée à La Gaude en 1970 et dite filtre numérique multiplex, que d'autres chercheurs développeront indépendamment et appelleront arithmétique distribuée. Il s'agissait de construire un court filtre transversal à quatre prises, où quatre échantillons successifs d'un signal sont multipliés par quatre coefficients fixes et additionnés. C'est la brique de base pour la plupart des filtres numériques. Plusieurs de ces fonctions de base devaient être exécutées en multiplex, sur des intervalles de temps prédéfinis. La seule approche possible était d'utiliser une arithmétique en série par bit, économe en circuits mais plus lente qu'une arithmétique parallèle. |
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Pour accélérer le traitement, on imagina de pré-calculer les 16
sommes possibles des quatre coefficients, multipliés chacun par un bit et de
les mettre en mémoire. A chaque cycle, quatre bits de même poids provenant de
quatre échantillons de signal étaient utilisés pour adresser la bonne cellule
de mémoire dont le contenu était transféré dans l'accumulateur. Ainsi les
quatre multiplications et leur somme étaient exécutées en même temps. Pour
augmenter encore la performance, un double accumulateur permettait de ne pas
propager les retenues lors de l'addition, mais de les prendre en compte à la
sortie du filtre. Une puce en technologie FET dynamique cadencée à 2,5 MHz fut réalisée en série d'essai en 1972. Ses performances étaient remarquables pour l'époque (416 000 produits partiels par seconde) mais elle n'atteignit pas le stade commercial à cause d |
u coût de sa
certification, IBM n'ayant pas d'autre projet en FET dynamique).
Un concept nouveau : le
processeur de signaux numériques
Outre
ses problèmes de certification, le filtre numérique multiplex se révéla très
difficile à mettre en œuvre à cause de sa conception fondamentalement synchrone
: un intervalle de temps devait être affecté à chaque opération de filtrage et
les produits réinsérés dans d'autres créneaux du cycle, ce qui nécessitait des
registres extérieurs et un contrôle dont la complexité dépassait de beaucoup
celle du filtre lui-même. Facteur aggravant, les exigences du marché imposaient
de réaliser dans un même appareil des modes de transmission très différents,
selon la qualité des lignes et la réglementation, sans oublier les liaisons de
secours sur le réseau commuté. De plus, le besoin d'une synchronisation rapide
sur ligne multipoint conduisait à faire fonctionner le modem de façon
radicalement différente au démarrage.
Pour prendre en compte cette complexité, il fallait abandonner
l'architecture synchrone et passer à une machine programmable, fonctionnant de
façon asynchrone à partir de signaux en mémoire, la synchronisation avec les
évènements d'entrée et sortie se faisant par interruption. La chose parait
évidente pour un informaticien, mais notre mode de pensée à La Gaude
restait très proche de celui des télécommunicants et cette mutation représenta
une véritable révolution culturelle.
Le résultat fut un processeur bicéphale réalisé en technologie
MOS FET, un des premiers processeurs de signaux numériques à vocation
commerciale. D'un côté un multiplicateur en pipe-line (GPM) opérant en
parallèle sur 16 bits en entrée. Muni
d'une double unité arithmétique, il pouvait accumuler jusqu'à 1,6 million de
produits par seconde. D'autre part, pour piloter ce multiplicateur et exécuter
des opérations logiques indépendantes, un microcontrôleur à 8 bits, (DFM) à
instructions larges de 36 bits, capable de réaliser quatre opérations en un seul cycle : entrée des données,
exécution, mise en mémoire du résultat et branchement, le tout jusqu'à 1,6
millions de fois par seconde. Cette architecture très spécialisée permettait le
traitement des interruptions sans aucun délai d'attente.
Ce couple de processeurs
développé dès 1976 fut introduit en 1978 dans les modems IBM de troisième
génération couvrant la gamme de 2400 à 9600 bit/s.
Un
processeur monolithique de haute performance.
L’architecture buta rapidement sur deux
limites, la puissance de calcul et le coût :
- La performance des processeurs en circuits
MOS FET se révéla bien vite insuffisante pour adresser les besoins des
nouvelles techniques de traitement du signal. Par exemple, les 1,6 millions de
produits par seconde du multiplicateur en pipeline étaient tout à fait
dérisoires, quand le décodage de la modulation en treillis en demandait à elle
seule plus de 2 millions.
- L'intégration sur une seule puce du
processeur complet était indispensable, tant pour limiter les coûts que pour
atteindre la plus haute performance possible. A l’époque, cette intégration
aurait excédé la limite technologique de 5000 portes logiques.
Pour
répondre à ces contraintes, les ingénieurs de La Gaude travaillèrent avec ceux
de Zürich pour développer une nouvelle architecture de processeur de signaux,
la plus simple possible mais capable d’effectuer et accumuler un produit
complet par cycle, ce qui fut réalisé grâce à l’idée innovante d’un
multiplicateur simplifié à l’extrême.
Ce sous-ensemble de 12
x 12 bits, avec résultat sur 20 bits, ne reçoit aucune d'instruction du
programme, il tourne en parallèle avec l'unité arithmétique (ALU) dont il
partage les registres d'entrée, multipliant à chaque cycle tout ce qu’il y
trouve et laissant au programmeur le choix d’utiliser ou non les résultats.
Le jeu de registres est limité à 8 comprenant :
2 registres d’entrée communs d’ALU et de multiplicateur, 1 registre de sortie
de multiplicateur, 2 registres d'accumulation. (Utilisés en alternance, ceux-ci
permettaient d'enchaîner les produits de convolution sans temps mort pour les
entrées de facteurs), 2 registres
d’index pour l’adressage des données, 1 registre de séquenceur pour les
instructions. Mis en œuvre en technologie bipolaire à 100 ns en 1981, ce
processeur permit d’obtenir 10 millions de produits par seconde et entre 15 et
20 millions d’instructions par seconde grâce aux instructions longues, une
performance très en avance sur son temps. Il y eut par la suite des mises en
œuvre en CMOS, à des vitesses plus élevées.
Codage en sous-bandes par QMF (filtres miroirs en
quadrature)
Le codage à faible débit de la voix ou de la
musique ajoute nécessairement du bruit au signal. Pour que la reproduction
reste naturelle, il faut que ce bruit soit masqué pour la perception humaine.
C'est le cas si le bruit n'occupe que des fréquences très voisines des signaux
utiles ; tous les codeurs efficaces utilisent ce phénomène psycho-acoustique,
connu depuis trois quarts de siècle. La manière la plus évidente pour que le
bruit soit toujours masqué est de diviser le spectre en bandes étroites et de
coder chaque bande séparément, avec une précision adaptée au niveau de signal
dans cette bande. Malheureusement ce procédé est resté longtemps impraticable
par la difficulté à réaliser une séparation parfaite des fréquences. Une
séparation parfaite requiert des filtres idéaux, non réalisables en pratique.
Si la séparation n'est pas parfaite, l'échantillonnage de chaque
sous-bande induit des signaux parasites - les fréquences images - dans les
canaux adjacents. Ces parasites qui n'ont pas de relation harmonique avec les
signaux utiles, sont malheureusement très perceptibles. Avant l’invention des
QMF, on pouvait approcher une séparation parfaite en utilisant des filtres très
abrupts, dont les réponses en fréquence se coupent très bas, typiquement à -40
dB, mais, selon leur mode de réalisation, de tels filtres introduisent soit des
délais inacceptables pour la transmission en temps réel, soit des distorsions
ou des échos.
L'invention
des QMF (filtres miroirs en quadrature) permit de contourner cette difficulté
en autorisant un recouvrement des bandes adjacentes, mais en définissant les
filtres de telle sorte que les signaux parasites s'annulent au moment de la
reconstruction (voir encadré page suivante). Les QMF sont utilisés sur des
signaux déjà numérisés. Ce sont des bancs de filtres numériques transversaux
dont les réponses impulsionnelles peuvent être définies avec une très grande
précision. Le concept et la théorie de ces filtres ont été développés à La
Gaude en 1976, ainsi que les premières réalisations pratiques. De nombreuses
recherches y ont été consacrées depuis. Les QMF forment aujourd'hui un chapitre
de l'enseignement de base en traitement numérique des signaux. Le succès des
techniques de traitement en sous-bandes provient en partie de leur facilité de
mise en œuvre dans les processeurs de signaux. C'est en effet le même programme
qui tourne dans chacun des N canaux et comme il est exécuté N fois plus
lentement, la charge de travail et la taille des programmes ne dépendent que
peu du nombre de filtres utilisés.
L'application
la plus remarquée est le codage du son MPEG2-Layer3 (dit MP3), où une version
évoluée des QMF est mise en œuvre (filtres polyphases) mais on retrouve le
procédé dans bien d'autres codeurs du son et même de la vidéo.
Codage de la voix pour
le téléphone GSM
Pour le groupe de traitement du signal d’IBM à La Gaude,
l’aventure du GSM démarre en 1985, par une collaboration avec le CNET, alors
embarqué dans la normalisation du futur téléphone mobile pan‑européen, au sein
du Groupe Spécial Mobile (GSM) de la CEPT (Conférence Européenne des
administrations des Postes et Télécommunications). Le CNET de Lannion travaille
à l’époque sur la normalisation CCITT du codeur de parole à 16 kbit/s, et se
retrouve sans proposition concrète pour répondre au cahier des charges du
groupe GSM spécifiant un codeur à 13 kbit/s. Il demande alors à l’équipe d’IBM
de La Gaude, qui travaille à l’époque dans la bande 8-12 kbit/s, de proposer un
codeur au niveau français.

Après une première série de tests à Turin en 1986, le codeur
proposé par IBM avait été retenu avec 5 autres propositions. En janvier 1987, à
La Haye, le groupe d'experts européens retient deux codeurs : celui proposé par IBM de type MPE/LTP (Multi-Pulse
Excited with Long Term Prediction) ;
celui proposé par Philips PKI de type RPE (Random Pulse Excited)
de bonne qualité aussi et moins
complexe, mais plus fragile en conditions d'erreurs. IBM analyse très vite les
résultats et propose une solution permettant de rassembler les points forts des
deux systèmes. Des sessions de travail avec Philips PKI permettent de réaliser
le codeur RPE/LTP à 13 Kbit/s, qui sera par la suite testé et finalement
approuvé par le groupe d'experts en juillet 1987. Introduit commercialement en
1991, le réseau GSM comprend aujourd’hui plus de 300 millions de téléphones
mobiles.
Modulation codée en treillis (TCM)
Nous abordons peut-être ici l'innovation la plus importante que
IBM a apportée à l'art des transmissions de données. Si le mérite en revient à
un chercheur du laboratoire de recherche de IBM à Zürich /Rüschlikon,
c'est dans le cadre d'une collaboration avec La Gaude que cette invention
majeure a vu le jour. L'introduction de redondance joue un rôle essentiel pour
la performance des transmissions.
Conformément à la théorie de l'information de Claude Shannon (1948),
elle permet d'approcher la limite de capacité des canaux, en rendant les
séquences légitimes plus faciles à distinguer en présence de bruit et de
distorsion. Cette technique est largement employée dans les transmissions
spatiales. Les codes convolutifs - ou en treillis - permettent d'y introduire
de la redondance de façon continue et de la décoder de même, notamment par
l'algorithme probabiliste de Viterbi. Pour ce faire, on augmente la largeur de
la bande de fréquences transmises.
Jusqu'en 1976 cependant, on n'avait pas réussi à étendre
efficacement cette technique aux transmissions dans une bande limitée notamment
en bande téléphonique. En effet, pour transmettre plus de 2 bits par Hertz dans
une bande de fréquence limitée, il faut nécessairement utiliser des signaux
complexes. Un groupe de 3, 4, voire 5 bits est représenté par un seul signal
élémentaire pouvant prendre 8, 16 ou 32 états différents de phase et d'amplitude.
Les erreurs sur les bits ne sont plus statistiquement indépendantes et les
codes usuels sont inefficaces.
Le progrès décisif a consisté à combiner codage redondant et
modulation, au lieu de les traiter séparément, ce qui a permis de maximiser la
différence entre les séquences de signaux possibles. C'est la modulation codée
en treillis, une invention qui ouvrit la voie à la transmission à grande
vitesse sur canal téléphonique. Le gain en signal sur bruit ainsi obtenu permit
de réaliser très rapidement des modems à 9600 bit/s, en duplex intégral, pour
le réseau téléphonique commuté. Le même principe servit de base aux
développements ultérieurs à 14 400, 19 600 et même 33 600 b/s, ces procédés
furent entérinés par des normes du CCITT.
L'utilisation de ce concept innovant et les progrès de l'intégration
à grande échelle permirent le développement massif des transmissions numériques
personnelles, de la télécopie à l'accès Internet à large bande.

Code HDB3 pour les
réseaux numériques
A la fin des
années1960, la plupart des PTT européens souhaitaient développer des liaisons
urbaines en MIC comparables au système américain T1, mais trouvaient cette
norme trop restrictive. On commençait en effet à parler des super-multiplex à
grand débit, déjà en service aux USA, et même de commutation. Il était donc
très souhaitable d'arriver à une norme internationale qui faciliterait
l'interconnexion des réseaux, un problème plus complexe que celui des liaisons
de point à point. Une commission spéciale du CCITT fut créée, la Spéciale D. Un
représentant d'IBM fut autorisé à participer à ces réunions de normalisation, à
titre d'expert aux côtés de la délégation des PTT français.
Au cours de ces
réunions, on recensa plus de dix propositions de normes se différenciant du T1
par le débit binaire, la fréquence d'échantillonnage de la voix, le mode de
transmission, la signalisation ou la division en canaux. Une étude proposait même de quantifier la voix non pas en
binaire, mais en ternaire. En ce qui concerne les données, AT&T
offrait une transmission asynchrone n'utilisant le support T1 qu'au tiers de sa
capacité brute et dans une structure de canaux différente de celle de la voix.
IBM fit valoir l'intérêt d'un canal numérique standard capable d’une part de
transmettre aussi bien de la voix que des données quelconques, au maximum de sa
capacité, et d’autre part de s'étendre au‑delà des frontières. Une condition
essentielle pour cette interconnexion était que le canal téléphonique ait une
fréquence d'échantillonnage et un débit commun à tous les pays, il fallait
également renoncer à transmettre la signalisation téléphonique à l'intérieur de
ce canal comme c'était le cas sur le T1.
Restait un
problème de taille : le signal en ligne dit pseudo-ternaire du système T1
n'était pas transparent aux données, les répéteurs perdaient leur
synchronisation dès que le nombre de zéros consécutifs dépassait la dizaine.
Malheureusement, c'est sur la base de ce type de signal que la plupart des
développements en cours étaient basés. Une contribution d'IBM permit de
débloquer cette situation, en présentant une famille de signaux
pseudo-ternaires modifiés, que les répéteurs existants pouvaient transmettre
sans problème quel que soit le contenu des données. Ces codes dits HDB et CHDB
furent conçus à La Gaude en 1968 et
1969.
Dans le système
pseudo ternaire, les bits valant 1 sont transmis par des impulsions de polarité
alternante, les zéros ne sont pas transmis du tout. Pour maintenir la
synchronisation des répéteurs, il faut transmettre un minimum de bits non nuls
; en téléphonie, le système T1 assurait ce minimum en restreignant les valeurs
possibles des échantillons, ce qui est inacceptable en transmission de données.
Pour assurer la transparence aux données, on peut introduire des séquences
dites de remplissage dans les séries de zéros. Pour les distinguer des signaux
valides il faut violer la règle d'alternance de polarité, une technique connue
et utilisée par AT&T pour la synchronisation, mais dont il ne faut pas
abuser de crainte de déséquilibrer le signal et d'en perturber la détection.
L'originalité de la proposition d'IBM fut d'utiliser deux séquences de
remplissage possibles, choisies en fonction des signaux déjà transmis, selon
une règle qui permettait de ramener à zéro la composante continue.

On pouvait ainsi
supprimer toutes les séquences de trois zéros ou plus sans que la performance
des répéteurs en soit altérée. Une autre proposition présentée peu après par
AT&T ne pouvait s'appliquer qu'à partir de six zéros consécutifs. La
proposition d'IBM avait été mise dans le domaine public, un des codes proposés,
le HDB3, fut adopté par la CEPT. En 1970, le CCITT arriva finalement à un
accord historique, qui réduisait de plus de dix à seulement deux le nombre des
systèmes MIC dans le monde : T1 à 1,44 Mbit/s pour le continent américain
et D1 à 2,048 Mbit/s pour l'Europe (avec la code HDB3), les autres pays se ralliant
à l'un ou l'autre système. Point commun aux deux systèmes : 8000 échantillons
de 8 bits par seconde. La transparence aux données était totale en Europe mais
limitée à 7bits par échantillon aux E.-U.
L'interconnexion de tous types de signaux était désormais
possible en Europe, elle se réalisera quatorze ans plus tard sous la forme du
RNIS. Une solution acceptable était également disponible pour transmettre la
voix entre les réseaux MIC d'Europe et des États-Unis.
Technique de génération des codes correcteurs
Les codes détecteurs et correcteurs d’erreurs en 1960
En
1960, de nombreux codes détecteurs sont déjà utilisés, comme le plus simple, le
code de parité, qui détecte toutes les erreurs en nombre impair, ou le code IBM
STR, qui utilise un alphabet de 8 bits où chaque caractère possède quatre 1 et
quatre 0 (ce qui donne 70 combinaisons sur 256 possibles) et qui est utilisé
dans la transmission de bandes magnétiques. Dès qu’une erreur est détectée dans
un bloc de message, ce bloc est retransmis.
Les
codes cycliques extrêmement simples à réaliser grâce à des registres à décalage
à n éléments, où les n bits du registre sont ajoutés au message initial,
permettent aussi de détecter les erreurs avec le même registre utilisé à la
réception. Avec une logique supplémentaire, ils permettent en plus de corriger
les erreurs de transmission les plus probables.
De
nombreux mathématiciens avaient déjà proposé des codes d’autocorrection
d’erreurs classiques, comme une erreur ou quelques erreurs dans un message de
longueur donnée. Dans le cas des codes cycliques, parfaitement adaptés à la
transmission de données, l’élaboration de ces codes, de redondance variée,
était faite à partir d’un modèle mathématique qui utilisait les corps de
Galois. Chaque code est caractérisé par un polynôme à coefficient binaire
correspondant aux connexions du
registre à décalage. Les polynômes irréductibles et primitifs (corps de Galois)
jouaient un rôle prépondérant.
Génération
systématique de nouveaux codes cycliques
Des chercheurs de La Gaude ont pu fabriquer
un nouveau
modèle mathématique, montrant
que tout polynôme, même s’il n’appartient pas
à un corps de Galois, a des
propriétés d’autocorrection d ’erreurs.
Le type d’erreurs corrigé peut
être le même ou différent de ceux
étudiés jusqu’à présent. Cela a
conduit à
établir des algorithmes permettant à un ordinateur de
déterminer quels sont les
codes cycliques capables de corriger un type d’erreurs
prédéterminé, avec le
minimum de redondance, dans un bloc de message de longueur
donnée.
Dès 1962, IBM La Gaude a publié les tables
des meilleurs codes cycliques corrigeant :
- D’une part
des types d’erreurs déjà étudiés. Par exemple pour corriger un paquet de
5 bits erronés maximum, n’importe où à l’intérieur d’un message de 1300 bits,
le meilleur code connu - cyclique ou non
- utilisait 17 bits de redondance.
L’étude a montré l’existence d’un code cyclique utilisant 15 bits. Il est
intéressent de noter qu’ayant démontré qu’aucun code de moins de 15 bits de
redondance n’existe pour réaliser cette performance, le code cyclique publié
dans ce cas atteint la limite absolue (code optimum).
- D’autre part
de nouveaux types d’erreurs comme ceux rencontrés lors de la campagne de
tests à 1200 bit/s sur ligne téléphoniques européennes. Par exemple il existe,
et ce n’était pas connu, un code correcteur de 13 bits capable de corriger,
dans un bloc de message de 113 bits, n’importe quelle zone de 8 bits avec 2
paquets de 2 bits à l’intérieur de cette zone.
Ces codes
correcteurs et détecteurs ont été souvent utilisés, pendant les années 1960 et
70, lorsque les situations exigeaient un niveau de sécurité important, dans la
transmission d’information entre différents systèmes ou ordinateurs. La NASA,
en particulier, a utilisé ces codes dans un de ses systèmes de sécurisation des
commandes de contrôle du programme APOLLO. Ils ont aussi permis de corriger des
erreurs dans des propositions de code soumises à la Spéciale A du CCITT.
Support
des réseaux publics européens
1975 : Première connexion d’équipements IBM sur réseau à
commutation par paquets
Le début des années 1970 marque l’avènement des
réseaux à commutation par paquets. Pendant
qu'IBM développe SNA, annoncé
en 1974, la plupart des opérateurs mènent des expérimentations de réseaux
publics de transmission de données par paquets, se basant sur les recherches
entreprises depuis le milieu des années 1960 par différents organismes comme
le NPL en Angleterre, puis plus tard aux États Unis (ARPANET) et au début des
années 1970 en France, en Europe et au Canada
avec le réseaux, SITA, TYMNET, CYCLADES, RCP, COST2/EIN. C’est dans ce
contexte que démarrent en fin 1974 des discussions entre IBM et les PTT
français en vue de conduire une étude sur la connexion de terminaux à des
ordinateurs par l’intermédiaire d’un réseau public a commutation par paquets.
Une étude conjointe entre IBM et les PTT français (le CCETT de Rennes et le CNET)
démarrera effectivement début 1975.
Dans ce projet sont établis et implémentés des protocoles de
communication synchrones pour l’accès des terminaux et ordinateurs au réseau
public expérimental RCP. Pour ce faire, IBM introduit dans le projet une variante
du protocole SDLC (alors en cours de développement dans ses laboratoires
américains). Le protocole SDLC constituait une innovation majeure, beaucoup
plus performant que les protocoles du type BSC en vigueur alors. On sait que
c’est une variante de ce protocole qui sera adopté ensuite par l’ISO sous le
nom de HDLC, puis par le CCITT pour le niveau 2 de X.25. Il est universellement
utilisé aujourd’hui. Ce projet marquera la première connexion d’un équipement
IBM-SNA (terminal et ordinateur) à un réseau public à commutation de paquets.
Pour cette expérimentation, des adaptateurs externes avaient été développés.
L’intégration dans les équipements terminaux interviendra dans les années
suivantes, lorsque le protocole X.25 aura été normalisé.
1977 - 79 : SNA s'adapte aux réseaux
publics
Un interface de
programmation de protocoles de télécommunication (NTO) a été défini pour le IBM
Network Control Program (programme de contrôle du contrôleur de
communication IBM 3705). Cet interface permet de substituer un protocole tiers
au protocole de lien natif de SNA (SDLC). En ce qui concerne X.25, on
substituera un circuit virtuel (X.25 SVC/PVC) à SDLC. L’interface NTO, publié
en octobre 1977, permit à IBM d’être le premier constructeur à offrir une
connexion (terminal à ordinateur) par l’intermédiaire du réseau public français
X.25, Transpac. Il rendait compatible les contrôleurs de communication IBM,
d’architecture SNA, avec les réseaux européens de transmission de données (X.25, X.21 et plus tard ISDN), élément déterminant
pour la commercialisation de ces équipements en Europe et au Japon.
1980 - 86 :
Optimisation et intégration.
Définition et mise en œuvre du
protocole X.21 Short Hold Mode (X.21 SHM). Cette fonction
pouvait présenter des avantages selon la
méthode de tarification, en profitant du fait que les réseaux X.21 avaient pour
caractéristique un temps d’établissement de connexion très bref. De ce fait, le
contrôleur de communication interrompait la connexion réseau en absence de
trafic, tout en gardant la session applicative, pour la rétablir dès que des
données apparaissaient. La reconnexion pouvant intervenir aussi bien à
l'initiative du contrôleur de communication que du terminal. En outre, les
connexions X.21 étant limitées à un débit de 64kbit/s, plusieurs connexions
étaient utilisées en mode lignes groupées pour augmenter le débit des gros
centres de calcul. Dans cette configuration, la reconnexion de la session
pouvait se faire sur l’une quelconque des lignes X.21 du groupe concept de Short
Hold Mode / Multiple Port Sharing, (X.21 MP/SH). Ce mode de fonctionnement
nouveau, déployé en 1983, permettait de faire des économies substantielles et
eut un très grand succès, en particulier dans les pays nordiques pour le
secteur bancaire et les assurances.
En 1986, IBM La Gaude met sur le marché un réseau X.25 implanté
sur une base SNA. Cette fonction, appelée X.25 Interconnect (XI),
permettait de déployer, en superposition sur un réseau classique SNA, un réseau
privé X.25.
Un environnement des réseaux bouleversé par
l’apparition de la fibre optique
A la fin des années 1980, le
déploiement en masse de la fibre optique d’abord aux Etats-Unis, puis dans le
monde entier, affecta profondément le modèle des réseaux de télécommunications
développés dans la décennie suivante. En effet, la fibre permit :
- une amélioration notable de la qualité de transmission : la vitesse
de transmission passa rapidement de quelques centaines de kbits/s à plusieurs
dizaines, et bientôt plusieurs centaines de Mbits/s. Les taux d’erreurs
diminuèrent de plusieurs ordres de grandeur, par exemple de 10-3 à 10-6.
- une baisse rapide du
coût unitaire de transport, qui entraîna la centralisation des serveurs, et
donc une évolution des entreprises du réseau local (LAN) vers le réseau (WAN),
générant des demandes de bande passante inégalées,
- l’apparition
d’applications multimédia, de nature très sporadique (bande passante
instantanée très variable) et demandant des temps de réponse très faibles.
Ce changement de modèle engendra de nouvelles demandes sur le
réseau de transport :
- Le support de plusieurs
classes de service différentes.
- La garantie de qualité
de service de bout en bout [exprimée en temps total de transit, gigue de phase (variation du
temps de transit), taux d’erreur résiduel].
- Un transport efficace de
flux multimédia ayant des caractéristiques très différentes en sporadicité, en
temps de transit et gigue maximale et en taux d’erreur maximal. La
problématique de transporter
efficacement un flux de trafic revient à ne réserver que le strict nécessaire
au transport pour garantir une qualité de service donnée, sans bloquer la bande passante maximale pour
toute la durée de la transmission. Cette problématique prend une dimension
supplémentaire pour le transport de flux multimédia.
- Un temps de transit
minimal dans chaque nœud de commutation.
Ces demandes entraînèrent une transformation profonde de
l’architecture des réseaux de transport et des commutateurs développés par IBM.
L’évolution de l’architecture des réseaux
Nouvelle architecture pour les
commutateurs de réseaux.
L’architecture des commutateurs de réseau se transforma suivant
les mêmes règles que celle des réseaux. Il fallait désormais traiter les
paquets le plus vite possible, suivant leurs priorités respectives et ne pas
perdre de paquet. C’est ainsi que des nouveaux concepts furent appliqués à la
matrice de commutation, aux adaptateurs de lignes et aux procédés de traitement
des paquets.
La matrice de commutation devait être très simple et non
bloquante. Les ingénieurs de La Gaude développèrent avec leurs homologues de la
Research Division IBM de Zurich, un concept révolutionnaire, le
commutateur PRIZMA qui pu s’intégrer dans la technologie de l’époque sur une
seule puce et qui traitait 16 lignes bidirectionnelles à 155 Mbit/s, avec
5 classes de service et sans perte.
Depuis lors, cette architecture de commutateur a été largement
développée, étendue à des vitesses très supérieures, et est actuellement mise
en œuvre dans de très nombreux commutateurs et routeurs de l’industrie. Les
adaptateurs de lignes, désormais plus complexes, comprennent des files
d’attente différenciées avec des mécanismes de contrôle et de report de la
congestion pour chacune des 5 classes de service : voix, vidéo, données
interactives, données à basse priorité, données non prioritaires.
Le traitement des paquets se fait par circuit spécialisé
programmable. Le laboratoire d’IBM à La Gaude a mis au point un processeur qui
permettait de traiter en un nombre minimum de cycles toutes les opérations
élémentaires sur les paquets, comme la segmentation, la reconstruction, la mise
en file d’attente, la gestion de congestion et de priorités, le traitement d’en-têtes
comme la commutation d’étiquette (label swapping), les protocoles
d’admission comme par exemple les algorithmes de leaky bucket de l’ATM
et du relais de trame, et la préemption de la transmission de paquets de faible
priorité par des paquets de plus haute priorité. En 1993, la première
génération de cette architecture permettait de traiter 1 million de paquets par
seconde dans chaque adaptateur de ligne. Depuis, le principe a été largement
utilisé et amélioré dans les "network processors" utilisés dans tous
les routeurs.

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