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HISTOIRE Réunion de rétroprospective Première séance du 29 avril 2003 Le livre Télécommunications objectif 2000
comme
objet singulier de prospective en 1980 Les enregistrements en séance ont été soumis
aux auteurs La séance est présidée par Jean-Pierre Poitevin, ancien directeur du CNET. Le président,
après avoir rappelé le rapport de prospective issu d’un groupe de
travail du CNET qui a été
réuni à la fin des années 1970, donne la parole à Albert Glowinski
qui proposa ce travail à Emile Julier, alors directeur du CNET, dirigea
ce groupe et publia Télécoms objectif 2000 en 1980. A.
Glowinski est aujourd’hui directeur de Sagatel. La
prospective du CNET Albert Glowinski. Je vais faire un retour historique, en commençant par rappeler la lettre de mission que m’avait transmise Emile Julier, directeur du CNET, pour ce travail de prospective. J’étais alors chargé au CNET des programmes et des investissements et j’avais déjà effectué des exercices d’orientation de cette grande maison en matière de programmes. J’étais arrivé à la conclusion qu’on ne pouvait pas se satisfaire d’extrapoler à partir de ce que faisaient les gens, en essayant d’analyser les enjeux et les évolutions. A l’époque, les Américains avaient développé, à l’occasion de la guerre du Viet-Nam, un certain nombre de techniques de prospective qui essayait d’identifier des objectifs et, à partir de là, de remonter vers les besoins techniques et les recherches prioritaires. Je me suis donc dit que, toutes proportions gardées, on pouvait appliquer ce schéma et proposer une démarche résolument prospectiviste. Mais on n’a pas commencé à travailler tout de suite en 1976, parce qu’il y avait d’autres groupes qui intervenaient alors dans le domaine de la commutation électronique, et qu’on a pensé préférable de les laisser avancer, avant de lancer notre propre démarche, de manière à éviter toute confusion entre les différentes équipes et, le cas échéant, à intégrer leurs résultats particuliers dans notre démarche générale.. On a donc démarré seulement à l’automne 1977 et on a travaillé pendant six mois au cours de séminaires extérieurs, notamment en Bretagne. Ces séminaires de plusieurs jours ont permis de créer une atmosphère créative très intéressante. On s’est retrouvé, en juin 1978, avec une montagne de papiers et d’enregistrements, lors d’un dernier séminaire en Forêt de Fontainebleau, et on s’est aperçu qu’on ne voyait pas tous les choses de la même manière. On a commencé alors à rédiger et à distiller le résultat dans un comité plus restreint d’une demi-douzaine de participants et, en novembre 1978, on a sorti un premier tome qu’on a diffusé à l’intérieur du CNET et qui a eu un certain retentissement. On l’a fait suivre, en janvier 1979, d’une seconde partie et puis l’enfant nous a échappé. Les gens ont commencé à en parler et à le critiquer et l’idée est apparue d’en faire un ouvrage dans la Collection technique et scientifique des télécoms. Le livre a été publié en 1980. Aucun d’entre nous n’était un professionnel de la prospective et on a donc essayé de regarder ce que faisaient des groupes de prospective structurés, à l’étranger et en France. Ainsi, on s’est inspiré des Canadiens de l’université du Québec pour réaliser en première partie un scénario tendanciel, qui s’inscrivait dans la durée des décisions en cours, en profitant de ce que les membres du groupe avaient des antennes à peu près partout, à l’intérieur de la maison DGT. Ce scénario nous a conduit jusqu’à la date mythique de 1990, puis on s’est projeté à la date symbolique de 2000 en essayant d’inventer des scénarios d’anticipation. L’idée était de remonter de ces scénarios d’anticipation au scénario tendanciel, pour en déduire les domaines de recherche qu’il fallait développer au CNET. Mais on n’est jamais arrivé à la fin de l’exercice , lequel a été dévoré par le travail sur le panorama des télécommunications dans leur tendance et dans leur futur, ce qui nous avait déjà épuisés. On a laissé à d’autres le soin de terminer le travail sur l’orientation des programmes de recherche. Le président
remercie A. Glowinski et ouvre la discussion pour essayer de faire le
point sur ce qu’on a vu, ce qu’on aurait pu voir et ce qu’on a pas
vu. Jean-Marc
Chaduc. Sur un plan méthodologique, si c’était à refaire
aujourd’hui, est-ce que tu penses que la même approche pourrait être
reprise, ou est-ce que les choses ont suffisamment changé pour qu’une
démarche prospective différente soit nécessaire ? A Glowinski. Je répondrais oui et non. On ferait la même chose mais autrement, parce que le travail qui a été fait était un travail d’ingénieurs. Malgré les efforts déployés pour sortir de notre technique, ça reste quand même très ingénieurs. Pour l’aspect économique, l’ingénieur est conscient des réalités technico-économiques, mais on pourrait dire beaucoup de choses sur l’aspect réglementaire des monopoles ou sur les technologies. J’ai participé, en 1995-96, à un exercice de prospective organisé par France Télécom sous l’impulsion de Charles Rozmaryn qui était directeur général de cette maison. Ces chantiers de prospective impliquaient France Télécom et non le seul CNET et concernaient l’ensemble des services, avec une volonté de formation et de dissémination de la réflexion prospective. On a utilisé une méthodologie très différente, beaucoup plus structurée, avec des professionnels de la prospective, mais j’ai trouvé ce travail moins intéressant parce que la méthodologie a dévoré le contenu. J’aurais tendance à dire que notre démarche était favorable à la créativité et à l’imagination, même s’il y a eu des manques et des oublis. Ce qu’on a essayé de faire n’existait pas à l’époque, comme un point quantitatif sur l’état du réseau ou comme la diffusion des services. Lors qu’on a publié des chiffres, il y a des gens de la DGT qui ont poussé des cris, parce qu’il n’y avait pas encore de références cohérentes, comme on a essayé d’en élaborer. Mais on a appris beaucoup de choses, parce qu’on venait d’horizons différents, et beaucoup de gens ont découvert les télécoms, qui leur étaient pour une part étrangère. Ce qui a soudé le groupe, c’est cet apport d’une référence et cette mise en commun d’une vision globale. Aujourd’hui,
il ne s’agit pas de faire la même chose et de refaire un état des
lieux. Il faudrait introduire de nouvelles dimensions qui manquaient à
l’époque, comme la dimension institutionnelle, la dimension mondiale
ou européenne. Mais sur la démarche, avec un premier exercice dans
lequel on essaye d’identifier les tendances lourdes et une seconde réflexion
de type anticipation de scénarios exploratoires, je pense qu’on
pourrait encore s’inspirer de cette démarche. Le président.
Je vais rebondir sur ta critique d’une démarche trop ingénieurs
des télécoms, parce que j’ai trouvé, avec le recul, que la
dimension informatique manquait dans les réflexions. En particulier les
phénomènes PC et Internet sont complètement absents. Ces
phénomènes renvoient pourtant à une démarche d’ingénieurs, mais
pas d’ingénieurs des télécoms. Alain Giraud.
Je dois avouer que l’une des principales difficultés que j’ai
rencontré en relisant le livre, c’est de me replacer dans le contexte
de l’époque. Cela demande un travail important, parce que les choses
ont tellement bougé. Dans quelles certitudes de l’époque
travaillions-nous, indépendamment de ce qui s’est passé par la suite ? Philippe
Picard. J’ai essayé de retrouver les chiffres de 1977 sur les réseaux.
La différence est spectaculaire avec aujourd’hui et on se demande même
comment de tels réseaux ont pu marcher. Et pour compléter ce que
disait A. Glowinski, sur l’intérêt de visions complémentaires de
celles d’ingénieurs, qui aurait pu penser que l’informatique
prendrait un tel poids, à la fois en tant qu’outil et en tant que facteur
d’entraînement pour la clientèle et pour les services des télécoms ? A Giraud.
Je voudrais ajouter une réflexion un peu philosophique sur le rapport
entre prospective et innovation. Le sens de la question de A. Glowinski
était : pourquoi n’a-t-on pas inventé tout ce qui s’est
passé depuis ? Or je crois que la prospective, ce n’est pas
l’invention, mais un autre métier, et ce n’est pas comme çà
que nous l’avons abordé. On a par exemple pris en compte un certain
nombre de technologues, et Jean Jerphagnon est à cet égard un modèle
d’approche différente de celle d’un ingénieurs de réseau ,
avec une vision sur les technologies du futur. On a ainsi senti un
certain nombre de choses, mais en revanche l’innovation technique, ce
n’était pas notre affaire. Il aurait pu arriver que l’on découvre
certaines choses, et si l’on regarde bien dans les coins on en trouve
à un ou deux endroits, mais c’est une retombée aléatoire et
non un objectif. Anticiper n’est pas innover. P Picard .
Il me semble que quelque chose a été bien vu au niveau de
l’innovation, et ce n’est pas par hasard, ce sont
les études technologiques. Le président.
Est-ce que les informaticiens de l’époque avaient prévu le PC ? P Picard.
J’ai regardé parmi les principales innovation arrivées, celles qui
étaient alors dans la « seringue » informatique : PC,
réseaux locaux, TCP/IP et on verra à la prochaine séance celles qui
étaient prévisibles. M Atten. Je voudrais revenir sur la composition de ce groupe. Pourquoi n’y avait-il que des ingénieurs du CNET et pas des gens de l’extérieur ? A. Glowinski. Ça a été une volonté délibérée liée au contexte historique. A l’époque, il y avait un certain nombre de pôles à l’intérieur de la maison DGT, qui pensaient chacun incarner la légitimité en terme de recherche et développement. Le CNET avait la faiblesse de penser qu’il avait une certaine légitimité, laquelle était contestée par d’autres. Et donc, l’orientation sur laquelle nous nous sommes mis d’accord rapidement, c’était de faire un travail entre nous, pour sortir quelque chose que l’on diffusera ensuite. C’est volontairement qu’on reste au sein de l’organisme, parce qu’on pense y trouver de meilleures conditions de liberté intellectuelle, ce qui nous paraissait fondamental. Pierre Papon. Je dirais plus longuement tout à l’heure qu’il paraît dangereux de faire de la prospective en circuit fermé et qu’une prospective institutionnelle, monotechnicienne et monodisciplinaire expose toujours à des erreurs et à des bévues. Je n’avais que quelques photocopies des chapitres, mais sur la quatrième de couverture il y avait la composition du groupe de travail et il était très interne au CNET, ce qui me paraît rendre difficile de faire de la prospective comme ça. Le président. Je ne vois pas quels auraient pu être les apports
ailleurs dans la DGT. Ne serait-ce que du fait, comme l’a rappelé A.
Glowinski, que les services d’exploitation manquaient de données sur
le réseau ! Ils n’avaient aucun élément statistique, aucun élément
systématique sur le réseau. Il fallait voir les étonnements des ingénieurs
de la DTRN quand on leur a révélé quel était le taux d’occupation
de leurs circuits, ils protestaient sur les chiffres, mais étaient
incapables d’en donner d’autres. Donc, je vois mal qui d’autre à
la DGT aurait été non seulement légitimé, mais en mesure
d’apporter les éléments de réflexion complémentaires. Par contre,
je rejoins ce que dit P. Papon : on aurait dû essayer de mener une
réflexion en associant des gens de l’INRIA ou du CNRS pour ouvrir des
horizons au delà du champs de vision direct des télécoms, même dans
les domaines technologiques de l’époque. J.-M. Chaduc.
Je pense que c’était un peu un mythe parce que, déjà à l’époque
et encore aujourd’hui, il y a des gens des télécoms, des gens de
l’audiovisuel et des gens de l’informatique et on parle de
convergence depuis vingt ans, surtout à la Commission Européenne, mais
on a beau faire, on n’y arrive pas ou si peu. Il reste des sensibilités,
des cultures, des approches complètement différentes entre ces trois
entités, voire d’autres. Et donc, tous les projets qu’ont essayé
de réaliser Vivendi Universal ou d’autres pour mettre ensemble des
gens des télécoms, des gens de l’informatique, des gens du contenu,
et faire des superservices,
cela paraît vraiment compliqué. A. Glowinski. Je rejoins totalement cette analyse ; ce n’est pas en mettant dans un grand melting pot tout le monde ensemble, qu’il en sort quelque chose. Je dis simplement qu’on aurait dû avoir une petite touche de vision extérieure critique sur des technologies auxquelles on ne pensait pas en tant qu’applications aux télécoms. A.
Giraud. Su l’on avait travaillé
dans d’autres conditions que cette quasi-clandestinité et si l’on
avait dit : on ouvre le groupe, on fait venir les gens de la DGT,
alors nous n’y serions pas allé. Le travail présenté dans ce livre,
c’est ce qu’il était possible de faire dans la situation d’alors. A. Glowinski.
Sous un autre angle, il faut se souvenir qu’on était dans une période
du rattrapage du téléphone. En
1977, il y avait 12 millions de lignes téléphoniques et, en 1990, on
en avait prévu 31,5 dans le scénario tendanciel ; en réalité -
j’ai revu les chiffres - on était à 28,1 millions de lignes et 41,9
millions de postes téléphoniques. Ce qui apparaît, c’est que nous
n’avons pas été assez extrémistes dans les prévisions, puisque
nous n’avions prévu que 50% de circuits numériques, alors que, en
interurbain, on en était à 79% ; de même en commutation, on
avait prévu 50% de temporel, alors qu’on en était à 74% en
commutation d’abonnés et 80% en commutation de transit. C. Rozmaryn.
Le rattrapage s’est fait avec
des technologies issues du CNET et, au sein du CNET, on a le
sentiment qu’on peut influer sur l’avenir, qu’on peut le décider.
La preuve vient des succès de la numérisation, de l’élaboration des
normes, d’avoir réussi à imposer la commutation temporelle. En 1978,
à Atlanta, avec Gérard Thery, c’est notre vision de la commutation
électronique qui domine, contre la toute puissance de AT&T. On a
l’impression qu’on peut agir même contre les Américains ! A. Glowinski. Un second élément qui intervient est le contexte du CNET, où le modèle reste celui d’AT&T. On lit tous les BSTJ quand ils sortent et la revue Bell Records. Je me souviens d’y avoir lu l’article sur Unix, parce qu’à cette époque l’informatique aussi passait par AT&T et les Bell Labs étaient la référence. Le réseau, la qualité de service, la technique, l’exploitation, tout cela relevait du modèle du réseau AT&T, comme le réseau intégré. C’est d’ailleurs AT&T qui a inventé la notion de service universel du téléphone. Cette référence est d’autant plus étonnante que, à cette époque, on commence à voir les mécanismes de dérégulation aux Etats-Unis qui critiquent AT&T . Mais, au niveau de notre groupe, on n’en a pas vraiment tenu compte. On
commence cependant à regarder les effets macro-économiques des
changements de technologies. Ainsi, le groupe commutation électronique,
dont j’ai déjà parlé, était parti sur l’impact dans
l’industrie des télécommunications du passage du crossbar à
l’électronique. On était donc sensibilisés à l’emploi, alors
qu’il commençait à y avoir du chômage en France, au point que les
élections de 1981 se sont jouées sur l’emploi. M. Thué.
J’ai retrouvé dans mes archives un journal qui citait un rapport
interne du CNET prévoyant 35 000 suppressions d’emplois dans les télécoms. A Glowinski. On expliquait aussi que ces emplois seraient compensés dans les services. Mais ce double contexte explique certains aspects du livre. Il explique par exemple qu’on n’ait pas vu arriver la compétition et que le terme même de déréglementation ne soit pas inscrit dans le livre. Il y a bien deux fois le mot dérégulation, mais appliqué à la compétition entre les industries. A
partir d’ici, l’enregistrement ne peut malheureusement être exploité,
pour des raisons techniques. La rédaction s’excuse auprès des présentateurs
des deux exposés suivants et auprès des participants aux discussions
de ne pouvoir offrir que des notes prises en séance. La
discussion se poursuit par l’intervention de A. Giraud qui
rappelle le travail de Yves Stourdzé analysant la prospective comme
enjeu de pouvoir et qui situe le CNET comme un lieu de pouvoir contesté
en 1974. C. Rozmaryn objecte que la variété des signatures du
livre dépassait cette contradiction. Enfin A. Glowinski signale
que le livre a été présenté comme un best seller par
L’Express. Le
président
passe alors la parole à Jean Jerphagnon, coauteur et ancien directeur
scientifique d’Alcatel. Les
bases techniques d’alors et leur évolution Jean
Jerphagnon
présente un exposé sur les bases techniques à l’époque du rapport
et sur les prévisions de celui-ci, en s’appuyant sur son expérience
en prospective pour le CNRS. Des ruptures fonctionnelles ont eu lieu
autour de l’an 2000, avec notamment un cadrage beaucoup plus important
sur les services. Les principales étapes technologiques ont été :
l’essor de la microélectronique MOS et l’arrivée des
microprocesseurs ; la montée de l’informatique ; la
naissance des technologies optiques ; les débuts de la convergence
avec la télématique sur les contenants. Les technologies génériques
ont concerné le logiciel d’abord, la microélectronique, l’optique
et le traitement du signal. Les logiciels ont cependant peu progressé
en ce qui concerne les grands logiciels, pour des problèmes de
validation. Le traitement du signal s’est intéressé au codage à la
source, à l’innovation des fractales, aux ondelettes, etc. Les MPEG
ont normalisé le traitement numérique des images. L’ADSL a permis
d’accroître les débits utiles. La microélectronique s’est diffusée
avec la progression continue de la courbe de Moore, le Silicium
demeurant le matériau de base. L’optique s’est adaptée aux longues
distances, avec une progression continue, mais le 1,55 micron était un
mauvais choix pour le multiplexage en longueurs d’onde. L’optimisme
régnait sur la commutation optique, alors que l’électronique a gardé
ses avantages. Des protocoles d’architecture des réseaux ont été établis,
mais l’IP n’a pas été vu, par suite du conflit autour de Transpac
et des difficultés inhérentes au passage de la parole aux données.
Pour les matériaux de base, la caractérisation a été importante,
mais la nanotechnologie n’a percé que lentement. Dans
la discussion qui s’ensuit, Marcel Thué souligne que les
limites de la microélectronique n’ont pas été perçues. Le président
estime que les prévisions du livre ont été correctes sur la microélectronique
et sur la numérisation, mais trop modestes sur les conséquences en
transmission de la fibre optique. P. Picard apprécie la vue du
livre sur le NGN, le réseau de nouvelle génération. C. Rozmaryn
trouve que les scénarios n’ont pas assez souligné le rôle
porteur de la vidéo, mais A. Glowinski renvoie au scénario tout
numérique. Helga Séguin rappelle que le scénario tendanciel
est la source des données quantitatives utilisées dans les scénarios
contrastés. C. Rozmaryn comprend que les auteurs aient été
insuffisamment sensibles à l’informatique, mais il s’interroge sur
les défaillances en technologies. Le président estime que l’ADSL
n’a pas été vu parce qu’il ne s’inscrivait pas dans la tradition
du CNET. A. Glowinski se souvient de la crainte des auteurs
devant les limites du Si. Pour l’ADSL, il y avait un doute sur sa
capacité d’utilisation. C. Rozmaryn souligne le règne des ingénieurs
sur la technologie, qui a entraîné G. Théry à idéaliser la fibre
optique dans un souci de défense du monopole. Le président
comprend les doutes sur le traitement du signal et les opinions différentes.
M. Atten note la croyance forte sur la primauté de l’optique. Le
président
passe alors à l’exposé de Charles Rozmaryn, coauteur et président
de Télécom Développement. Les
bases structurelles d’alors et leur évolution Charles
Rozmaryn estime
que, au moment où s’ouvre le plan de rattrapage téléphonique (et J.-P.
Poitevin rappelle que les chiffres du livre sont timorés), le CNET
s’estime capable d’influencer l’avenir des télécommunications
mondiales, comme il a réussi à le faire en commutation numérique lors
de la conférence d’Atlanta en 1978. Le modèle du CNET est toujours
AT&T, y compris en informatique, et les attaques contre le Bell
System ne sont pas comprises. La réflexion sur les conséquences
industrielles de la commutation électronique lui paraît insuffisante
(mais A. Glowinski rappelle les chiffres sur l’emploi dans le
livre). L’arrivée de la concurrence n’est pas perçue, parce que la
compétition concerne les industries, non les opérateurs ! Or à
la fin des années 1970, la concurrence dans les télécoms est plus développée
en France qu’elle ne l’est aux Etats-Unis, par exemple sur les
terminaux. La présence d’un exploitant unique a sa logique.
L’emploi n’est perçu que du point de vue des industries, alors que
la DGT s’internationalise en soutenant la commutation d’Alcatel. Les
scénarios reposent sur des arbitrages nationaux et étatiques. On ne
voit pas que la normalisation viendra d’en bas, parce que la DGT est
l’organisme le plus puissant de la Fonction publique. Les rapports
avec AT&T demeurent filiaux. Enfin le livre est insuffisant sur le
coût des services. Dans
la discussion, Pierre Mounier-Kuhn oppose l’informatique et les
télécoms sur leur conception de la pénétration des technologies dans
les ménages. Ont joué l’influence de la pensée de Lussato et la
peur du big brother : la liberté contre la technique !
A. Giraud note que les scénarios auraient pu être imaginés à
partir d’autres hypothèses, sur l’accueil, des ménages par
exemple, mais tels qu’ils sont ils ont une justification de cohérence.
P. Mounier-Kuhn s’interroge sur une autocensure inconsciente,
mais A. Giraud objecte l’imprévisibilité d’explosions comme
celle des mobiles. M. Thué souligne au contraire que la
messagerie était plus prévisible et J.-P. Poitevin remarque que
les auteurs n’ont pas prévu la diffusion des PC dans le grand public
et ont vu le minitel comme un outil d’abord professionnel. M. Atten
note une bonne vision des bases de données, mais pour des applications
professionnelles et A. Giraud souligne que la justification du
minitel grand public provient du terminal annuaire, lui-même légitimé
par le monopole, malgré l’opposition de la presse. Pour conclure, C.
Rozmaryn rappelle que le président de l’AT&T ne prévoyait
une utilisation des fibres optiques pour la transmission de données
qu’à 10 %. A
partir d’ici, l’enregistrement des interventions redevient
utilisable.
Le président passe la parole à Pierre Papon,
ancien
directeur général du CNRS. Prospective
et réalité Pierre Papon. Je ne suis ni un expert en télécommunication, ni en informatique, mais un physicien et un professeur à l’Ecole de Physique et Chimie. J’ai eu, à différentes occasions, la possibilité de lancer et de suivre des études de prospectives et je voudrais tirer quelque enseignements de ces études des années 1970-80 sur ce qui se passera en 2000, notamment en informatique, télécommunication ou robotique. Je trouve positif de faire de la prospective, et on n’en fait pas souvent en France en particulier, surtout depuis quelques années ; et je trouve aussi très bien de faire de la rétrospective. Les rapports que j’ai relus, dont le vôtre où j’ai regardé les scénarios, étaient assez concomitants avec le rapport Nora-Minc sur « L’informatisation de la société », avec un rapport plus ancien du Commissariat du Plan, qui s’intitulait «Réflexions pour 1985» et un rapport du CNRS et du Plan sur «La France de l’an 2000». Dans ces différents rapports, la percée de la micro-informatique a commencé à être prévue dans les années 1960, par Lussato un peu plus tard, alors que ce n’est pas anticipé, en tous cas comme effet de masse, dans votre livre. La percée de la robotique est anticipée, en particulier, dans les réflexions du rapport du Plan de 1965 , et peut-être chez Nora-Minc et dans le rapport du CNRS sur «La France de 2005». Elle était déjà acquise, de toutes façons, en 1980, avec une surestimation de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance des formes. Le couplage entre télécommunications et informatique est anticipé, en particulier dans vos scénarios et dans le rapport Nora-Minc, mais sans l’effet massif et fructueux de ce couplage. Par contre, la percée d’Internet et du Web n’a pas du tout été anticipée, alors qu’il y avait quelques frémissements - vous en avez parlé les uns et les autres - avec le réseau Arpanet aux Etats-Unis en 1967, et un réseau professionnel, SAGE je crois, qui concernait des radars et des données d’ordinateurs. La NSF avait quelques projets au début des années 1980, avec un réseau professionnel qui est devenu public et bien sûr avec le Web qui est venu du CERN en 1989, donc postérieur à votre rapport. Il n’y a pas eu d’anticipation non plus sur les nouveaux services, notamment dans le domaine de la recherche qui m’intéressait comme directeur général du CNRS dans ces années 1980. J’étais alors obsédé par la sous-informatisation de la recherche française et je menais bataille contre le Plan calcul qui voulait nous imposer du Bull partout, alors que les nouvelles techniques allaient débouler dans les laboratoires : accès aux bases de données, transmissions de données, techniques optiques, etc. Cela a été bien vu dans vos différents scénarios, avec peut-être une certaine sous-estimation. Lorsque j’étais président d’Ifremer, j’ai constaté cette sous-estimation de l’explosion des télécommunications sous-marines par fibre optique, à la fin des années 1980. Par contre, vous
avez peut-être surestimé certains services dans vos scénarios, comme
la télémédecine, alors que la téléchirurgie actuelle est
introduite à dose homéopathique, ou comme l’enseignement assisté
par ordinateur avec accès à des bases de données, ou comme la
traduction automatique pas encore très au point. Au contraire la percée
des services basées sur le GPS n’a pas été anticipée. XXX. Il y
avait des systèmes de localisation très sophistiqués réalisés par
les militaires, qui utilisaient des horloges atomiques, mais ça coûtait
des fortunes et ne pouvait concerner des applications grand public. P. Papon.
Une grande application a été surestimée, par vous et par Nora-Minc :
la visiophonie. XXX. Quand le RNIS est arrivé, on s’est dit : enfin le réseau est là et la visiophonie va marcher ! P. Papon. Une autre technique a été peu ou mal anticipée : la téléphonie mobile. Finalement, quels enseignements peut-on tirer de la rétrospective sur ces divers rapports ? Premièrement, on sous-estime très souvent, lorsqu’on fait de la prospective ou de la prévision en technologie, l’interdépendance entre les domaines de la science et de la technologie. On sous-estime qu’une découverte, par exemple le laser, peut avoir une importance pour les télécoms ou, autre exemple, les codes-barres dans le commerce. Cela vient de ce qu’on ne pense pas à aller faire son marché ailleurs. Par exemple, les gens des particules du CERN avaient besoin d’échanger des données et ils ont été à l’origine du Web, mais probablement personne, y compris chez les autres scientifiques, n’avait anticipé l’impact de cette innovation. Un autre pari scientifique, dû probablement à un peu de prospective interne par les Bell Labs dans les années 1950, concerne le rôle possible de la physique du solide pour remplacer les diodes et les triodes par un dispositif plus compact et utilisable à des tensions plus basses, d’où le premier labo créé en 1945 et l’invention du transistor en décembre 1947. Il y a donc des exercices de prospective très productifs. En corollaire, on peut ajouter que la prospective gagne à être pluridisciplinaire et à rassembler des compétences larges pour détecter des percées scientifiques, l’émergence de nouvelles techniques. C’est ce qui a été fait par les gens qui ont travaillé sur le radar aux Etats-Unis, où le MIT et le Lincoln Lab ont inventé le klystron. La RMN est aussi issue de ces labos des techniques radars, ainsi que la radioastronomie. Dans la prospective, on a toujours des difficultés à évaluer correctement l’horizon temporel, en pêchant par optimisme ou par pessimisme. Souvent on ne perçoit pas bien la rapidité de percées techniques, par exemple en numérisation du traitement du signal, si vous en avez bien vu l’importance, la rapidité de vitrification du réseau vous a probablement échappé. Souvent des difficultés scientifiques ou technologiques sont mal évaluées, vous l’avez dit à propos de la supraconductivité; c’est vrai aussi pour les supraconducteurs à haute température, pour les polymères, etc. En fusion thermo-nucléaire contrôlée, tous les 20 à 30 ans on annonce que la faisabilité sera prouvée dans 20 ou 30 ans. Il en est de même de la mauvaise estimation de la demande sociale, toujours difficile à évaluer. En téléphonie mobile, il n’y a probablement pas eu d’évaluation correcte de la demande sociale. Il y a deux dangers, me semble-il, auxquels on a du mal à échapper. Le premier, c’est une approche normative, comme vous l’avez fait en vous fixant des objectifs a priori. C’est la même auto-justification qu’en fusion thermo-nucléaire dite contrôlée ou dans les programmes spatiaux. On agit par rapport à des objectif avec une auto-justification institutionnelle. Second danger, et vous y avez fait allusion, le poids des grands mythes, c’est-à-dire qu’on se masque des découvertes parce qu’on est obnubilé par de grandes institutions, comme AT&T pour la téléphonie - vous l’avez mentionné - ou IBM pour l’informatique et que les stratégies sont calquées en technologie ou en industrie sur ces grands monstres. Je rappelle souvent qu’en 1945, alors que les V1 et V2 tombaient sur Londres, l’état-major américain ne croyait pas aux missiles, mais aux escadrilles de bombardiers ! Donc les mythes - dans la science, ça existe aussi - pèsent beaucoup sur la prospective. Un autre point concerne l’importance de l’environnement socio-économique, souvent sous-estimé en prospective. La prise en compte de la demande sociale est souvent difficile et mal faite. Ainsi l’existence de la dérégulation n’a pas été anticipée dans vos travaux. De même vous n’avez pas vu les effets industriels de la mondialisation, qui vont finalement conduire à des regroupements internationaux dans les années 1990. J’en terminerai en disant qu’une prospective ne peut être exclusivement technicienne ou scientifique, mais doit intégrer les sciences sociales et humaines, la sociologie, l’économie, l’histoire des techniques, l’ethnologie même. Ce qu’il faut, c’est un pluralisme des lieux et des institutions, sans avoir pour autant des comités de prospective trop nombreux. Le président remercie l’orateur et ouvre la discussion. Jean-Marc Chaduc. La prospective se situe dans un environnement temporel. Dans les années 1960-70, on était encore dans une vision sociale où il y avait le plan, les structures de l’Etat, une politique industrielle et une vision monopolistique, qui n’était pas propres à la France, dans un certain nombre de domaines. Des instruments sociaux et des instruments économiques facilitaient la prospective, avec la perspective de travailler à cinq ou six ans avec des vues macro-économiques. Cette époque paraît un peu incongrue dans le monde actuel de la régulation, de la concurrence et. du marché. Il n’y a pas une vérité de la prospective qui soit valable dans tous les temps et tous les domaines. Dans le domaine de l’énergie que vous évoquez, les filières économiques ne sont pas tellement nombreuses qu’on ne puisse se limiter à deux ou trois scénarios, le thermo-nucléaire, le nucléaire, l’écologique, l’agricole , par exemple. Par contre, dans le domaine des télécoms, on est aujourd’hui dans un cadre beaucoup plus ouvert où probablement entre la filière micro-informatique, la filière télécoms pure et dure, la filière multimédia ou autre, il y a beaucoup de variantes possibles. Il n’y a pas qu’une seule prospective, voilà ce que je veux dire. F. du Castel. A propos de la demande sociale, on a essayé certaines choses, mais je ne pense pas qu’on puisse expliquer aujourd’hui, malgré les travaux des sociologues de la communication, pourquoi le visiophone n’a pas marché et pourquoi la mobilité a explosé. Ce sont des choses qui échappent à l’analyse… C. Rozmaryn. C’est pourtant simple : quand il y a eu une offre suffisamment bon marché et des terminaux à bas prix, on n’a pas eu besoin d’expliquer le téléphone aux gens, parce qu’il s’agissait d’un réseau où les utilisateurs produisaient leur propre message. F. du Castel. N’est-ce pas pareil pour la visiophonie ? C. Rozmaryn. Non, la visiophonie ne correspond pas forcément à un besoin. Je vais vous raconter une histoire. Vous savez tous que AT&T n’a pas été présente dans les mobiles, alors que c’est elle qui a inventé le cellulaire, jusqu’à ce qu’elle rachète Matco. Pourquoi ? Quand la FCC a lancé des appels d’offre pour des licences de radiotéléphones dans différentes régions, AT&T ne s’est pas portée candidate parce qu’un rapport de Mc Kinsey leur avait expliqué que le radiotéléphone ne serait jamais un produit de masse, en raison du coût du terminal. A mille dollars, il n’y aurait pas plus d’un million de terminaux, et il s’agissait donc d’un produit de niche. En 1995, AT&T a racheté Matco à dix-huit milliards de dollars. A. Glowinski. Est-ce le même problème ? Pourquoi personne n’a-t-il mis d’argent pour obtenir des terminaux à bas prix ? Parce que le besoin n’était pas le même. Le visiophone est un plus par rapport au service de base, tandis que le mobile est le service de base supplémentaire. C. Rozmaryn. Il y a aussi un contexte industriel, les mobiles ont été le second souffle de l’Europe des télécoms dans les années 1990. . J.-M. Chaduc. Il n’y a pas de frein structurel dans l’usage des mobiles. Lorsque le marché sature, au début des années 2000, il faut un second souffle pour les industriels et ceux-ci poussent pour une nouvelle génération, quitte à en être les premiers pénalisés. A. Glowinski. Il y a des cycles de génération dans les produits télécoms, avec des aspects volontaristes. Il est intéressant de constater pendant 20 ans l’absence de démarches volontaristes pour imposer le visiophone. Mais je crois qu’il y a un contexte de concurrence qui va changer la manière de voir. J.-M. Chaduc. J’ai relevé dans le livre qu’on prévoit des prix d’investissement semblables pour les différents réseaux et que tous les scénarios sont les mêmes. C’est le même prix, le même montant d’investissement pour un abonné de radiotéléphone et un abonné de téléphone ! Pourtant la conclusion est de trente millions d’abonnés au téléphone et trente mille au radiotéléphone.. A. Glowinski. Attention, on considérait que les terminaux ne seraient pas au même prix. Mais la vraie raison avancée concernait les fréquences. Donc erreur technique totale. On se rend compte qu’on est passé à côté de plein de choses, mais en même temps qu’on a pu avoir une vision pluridisciplinaire parce que les membres du groupe étaient chacun dans leur spécialité technique, d’où une certaine pluridisciplinarité au sein de l’ensemble. C’était une ouverture sur le monde assez exceptionnelle et ça nous a donné des modes de réflexion originaux, même s’il est important d’analyser ce qu’on a raté ou pas raté. C. Rozmaryn. Un an ou deux avant l’explosion des mobiles, France Télécom a mis en service le Bi-bop, qui était la suite de Radiocom 2000, à la fois un élément d’attente des mobiles, parce qu’on pensait alors que le GSM et les mobiles arriveraient trois ou quatre ans plus tard, mais aussi un élément d’image de la DGT qui commençait à manquer. C’était l’époque où Rousselet à Canal+ tirait beaucoup sur France Télécom en l’accusant de ne pas avoir de Bi-bop ! A. Glowinski. Entre le mobile et le visiophone, la différence est considérable puisque le mobile c’est un téléphone; alors que le visiophone pose la question de l’usage. On retrouve une telle différence entre Internet et X25, donc le Minitel. C’est une rupture qui ne vient pas de AT&T, mais des milieux de l’informatique, et qui recouvre une mutation profonde du monde des réseaux. Le président. Les informaticiens aussi se sont trompés au départ quant aux usages, et il ne faut pas être trop manichéens dans ce domaine. A. Glowinski. Il ne faudrait pas croire que le marché soit tiré par les seuls usages. La technologie et l’industrie interviennent aussi, même si le poids du marché est plus important qu’avant.. Mais la tentation des grands acteurs du marché est toujours là. M. Atten. Les modes d’usage sont davantage prise en compte. Par exemple, le GPS dans les transports en commun correspond à une attente des gens. A. Glowinski. La différence se situe dans le fait que nous étions dans une vision de quelques grands dinosaures tirant le système, et que maintenant il y a beaucoup plus d’acteurs, y compris du côté de l’offre, et donc les mécanismes d’interaction sont plus nombreux et les choses se passent de manière différente. Je crois néanmoins qu’il ne faut pas exagérer la prééminence du marché et de la demande sur un certain nombre d’interventions qui persistent. Le président. La prévision est aussi difficile dans les usages que dans le domaine de l’innovation technologique et j’ai vu beaucoup de sociologues se tromper, non moins que les ingénieurs. Pour conclure, je dirais qu’en prospective, plus encore que dans tout autre domaine, il faut être modeste. Les choses arrivent parfois imprévues ou parfois là où on ne les avait pas prévues. Regardez les télécommunications optiques qui ont supplanté toutes les autres techniques, leur succès réside dans deux miracles simultanés ou presque, la maîtrise de l’absorption dans la fibre en silice et la découverte de lasers à température ambiante. L’un des deux n’aurait pas existé, nous n’aurions pas de réseaux de télécommunications optiques. A l’inverse, comme le disait Pierre Papon, mon passé scientifique a été bercé de l’illusion de la fusion thermo-nucléaire contrôlée, au point que j’ai failli m’engager dans cette voie aux début de ma carrière, avec l’illusion que dans vingt ans on allait maîtriser le phénomène. Mais ce n’est pas faute d’y avoir consacré les plus grands esprits et des investissements considérables. Tout ça nous invite à une grande leçon de modestie et je remercie tous les participants à cette discussion active . |