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L'évolution
de la gestion dans les industries des télécommunications,
1960-70 Pierre
Chavance, ancien
directeur à Thomson et à CGE-Alcatel -
Sotelec pour la transmission, qui regroupait l'administration, DGT CNET,
DSR, et les industriels, CIT LTT
SAT, puis TRT et Thomson-CSF. (Les faisceaux hertziens, pratiquement réservés
la CSF restent initialement hors du système). -
Socotel pour la commutation, qui regroupait l'administration, DGT, CNET,
et les industriels CGG, CIT, LMT, AOIP, Ericsson. En cette même année, les entreprises du système Sotelec
sont tributaires :
- du Service des recherches et du contrôle technique, le SRCT
des PT'I', pour la recherche,
- de la Direction générale des télécommunications, la DGT,
pour les commandes d'équipements.
Les commandes publiques sont réparties par un régime de
''quotas'' de production, à peu près invariables sur la durée ; les
prix sont les mêmes pour tous, et ''concertés'' dans une négociation
annuelle. L'administration définit les produits, accorde à ses
fournisseurs un bénéfice forfaitaire de 8%, mais se montre toujours
exigeante sur la qualité. L'exportation est â l'époque tout à fait
symbolique et ne constitue guère qu'une sorte d'obligation morale.
L'industrie connaît donc avec ce système une position confortable,
mais insuffisamment responsable. Dans la hâte et
pour sauver la mise, banquiers et stratèges font reprendre la société
par la Thomson qui, tout en se réjouissant de l'absorption d'un
redoutable concurrent militaire, doit alors faire face à un
endettement nouveau et restreindre sans délai les activités de
recherche et d'innovation. Ainsi naît, sous le signe de l'indigence et
des restrictions, la Thomson-CSF. C'est là me
semble-t-il, le fait majeur de la décennie 1960, car toute l'électronique
française en pâtit. Au moment même où les semi-conducteurs, les
automatismes, l'informatique requéraient des investissements massifs et
des regroupements internationaux, l'électronique nationale était amputée
de son plus beau fleuron par un incroyable mécompte de gestion. En
fait, ce mécompte couvrait l'incapacité dans laquelle s'était trouvé
le premier électronique français de couvrir les dépenses de recherche
nécessaires à la conquête de nouveaux marchés.
Ce séisme n'ébranla pourtant pas le système PTT fermé sur ses
seuls besoins et attentif à gérer sa propre croissance, conformément
à un Plan chèrement conquis après vingt années de lutte. D'un côté
donc, une électronique sans souffle et impécunieuse, de l'autre une
structure sereine, hors d'atteinte, sans ouverture sur l'extérieur. C'est dans cette situation que se trouvèrent les grands dirigeants de l'industrie, sollicités par l'Etat pour conduire la politique nationale de l'informatique en préparation, notamment la Cll-Honeywell-Bull. Ils s'y dérobèrent chacun de leur côté, pour des raisons les différentes mais parfaitement complémentaires. Le| " Plan calcul'' s'ensuivit. On connaît la suite.
Le marché fermé des télécommunications, de son côté,
n'a pas donné aux entreprises qui le servaient un dynamisme de conquête
de marchés, mais plutôt d'accumulation de profits. Privés
d'initiatives de politique industrielle, ces entreprises s'attachent
plutôt à gagner de l'argent, en contournant les obstacles des contrôles
de prix, autant que faire se peut. On s'inquiète bien entendu de la dérégulation
en marche, mais on agit dans l'instant pour tirer le maximum de résultats
d'un système sans compétition. Bien entendu, cette attitude a des
effets pervers sur la gestion. La période qui
nous concerne est celle où les gains de productivité se multiplient,
poussés par l'évolution technologique rapide des composants à
semi-conducteurs et de leurs assemblages. Il suffit d'en différer les
effets dans les comptes, d'aiguiller différemment les imputations de
renvoyer de excédents vers les sociétés mères etc. Par surcroît,
les impôt sur les bénéfices s'en souvent réduits et les
revendications salariales deviennent plus fables à contenir. Mais, si
habilement qu'on y procède, on édulcore ainsi les exigences de la
gestion. Une perception générale de prospérité fait perdre de vue la
recherche permanente de la réduction maximale et réelle des coûts.
C'est le règne des dépenses somptuaires, des frais incompressibles,
etc. La facilité n'est jamais bonne conseillère en gestion, chacun le sait.Malheureusement, ce n'est que beaucoup plus tard que l'on s'en aperçoit. Cela explique - au moins en partie - que l'ouverture du marché à la compétition ait provoqué dans les entreprises de télécommunications un choc beaucoup plus rude que celui auquel on s'attendait. Par bonheur - si l'on peut dire- la situation fut à peu près la même chez tous les constructeurs européens. Dés
les années 70, il fut évident qu'il apparaîtrait des excédent
d'effectifs dans tonte la Bretagne électronique, et dans presque que
toutes les entreprises qui avaient suivi le CNET à Lannion. Cependant,
les premières annonces de véritables plans sociaux n'apparaissent
qu'aux environs de 1985, c'est à dire plus tardivement. Ce qui signifie
qu'avant cette date - et donc dans les années qui nous concernent -, on
a pu endiguer les suppressions d'emploi. Cela grâce à une gestion
sociale très active, organisée un peu partout dans des structures
dites de ''gestion prévisionnelle de l'emploi". On a développé
une véritable technicité alliant l'organisation des formations à une
recherche systématique de reclassements, internes ou externes, et à
des départs négociés dans des conditions
jugées assez souvent acceptables par le personnel concerné. Ce
fut une gestion au plus près du terrain et des salariés et, en définitive,
le problème d'emploi posé à l'industrie de la construction téléphonique
ne fut pas plus critique que celui de la construction automobile, de la
sidérurgie, ou de l'industrie agro-alimentaire. Il le fut même
certainement moins, sur le long terme en tout cas. Car l'industrie téléphonique
eut la chance de voir son marché réalimenté par des gammes de produits
issus de l'informatique, ou stimulés par celle-ci. Ainsi
les télécopieurs, les modems, les écrans, les portables, les terminaux
à cartes, les rameaux de transmission de données et d'innombrables progiciels
sont venus constituer des produits de substitution, créateurs d'emplois
très variés : des emplois de cadres évidemment, mais aussi de
techniciens, plus encore d'agents de maintenance et de services et, à un
moindre degré, d'agents de production manufacturable. Ainsi, bien qu'écarté de la ''grande informatique'' comme
de l'informatique ''
grand public'', notre secteur industriel français a vu nombre de ses
cadres se reconvertir vers la
création d'un réseau diversifié de petites et moyennes entreprises de péri-informatique,
excellentes créatrices d'emplois.
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