La déréglementation des télécommunications Comme prévu, les quatre conférences débats sur la déréglementation des télécommunications en France se sont tenues les 25 septembre, 11 et 23 octobre et le 6 novembre à 17 heures à l'ENST. Voir le programme détaillé et le reportage sur ces quatre rencontres La première, présidée par Michel Atten était consacrée à la gestation de cette déréglementation.
Alain Giraud,
ancien du cabinet Mexandeau, a commencé par rappeler la divestiture
de l’ATT dans les années 1980, qui conduisit à séparer les opérateurs
régionaux de l’opérateur à longues distances associé à l’industrie
des télécoms. L’écho en Europe fut considérable et on commença à
s’en préoccuper en France sous le ministère Mexandeau, mais sans que des
mesures significatives soient prises au niveau gouvernemental. Olivier Voirin,
ancien représentant de France Télécom auprès de la Commission européenne,
raconte comment furent prises les décisions qui conduisirent au Livre vert
européen sur la déréglementation des télécommunications. Il décrit
notamment les relations difficiles entre la Commission et le Conseil des
ministres et la «méthode » qui permit au commissaire Davignon de
faire prévaloir les vues déréglementaires de la Commission. Il montre que
les choix finals furent idéologiques aussi bien que technologiques. Michel
Feneyrol, ancien proche du ministre Paul Quilès, décrit les débats
organisés par le ministère sur la base du rapport Prévot, avant le vote
des lois de 1990-91. Il souligne les problèmes qu’il a fallu résoudre
pour sortir de la structure administrative des PTT et permettre aux deux opérateurs,
la poste et les télécoms, d’acquérir une autonomie de gestion, sans
engendrer de conflits graves. Il décrit le choix de séparer exploitation
et réglementation en restant dans le cadre de l’Etat. La deuxième présidée par Pascal Griset traitait des choix et des décisions et comprenait deux parties. dans la première partie se sont exprimés les responsables des décisions alors que la seconde concernait les négociations et les discussions entraînées par ces décisions.
La troisième était présidée par Léonard Laborie et portait sur la mise en œuvre des réformes de 1990-91, puis de 1996.
La quatrième et dernière réunion, présidée par Patrick Fridenson était consacrée au bilan de l'opération.
Pierre Musso Patrick Fridenson Elie Cohen Pierre Musso, ancien administrateur salarié à France Télécom, a relevé un ceratin nombre de paradoxes de la déréglementation. On est passé d'une situation de monopole de droit latin, véhicule d'un service public soucieux de l'intérêt général, du statut des personnels fonctionnaires, et de la cohésion territoriale et sociale, à une situation d'oligopole de droit anglo-saxon. Autre paradoxe, l'Etat a dû apporter un financement dans les télécoms, ce qu'elle n'avait jamais fait depuis la télégraphie. En outre, la part de R&D dans le chiffre d'affaires a baissé de moitié. Au total, la déréglementation lui paraît avoir été globalement négative. Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS en économie, professeur à sciences po voit dans la déréglementation une évolution conforme à la ‘nouvelle économie’ que la mondialisation est en train d’implanter dans le monde. Cette nouvelle économie passe par de l’innovation,en technique et en finances et en ‘grappe’ suffisante pour être perceptible. Elle passe par de nouveaux acteurs se substituant le plus souvent aux anciens. Elle découle du principe de Schumpeter sur la ‘destruction constructrice’.
Marc Houéry, ancien président du syndicat des industries, a vu la déréglementation du côté des industriels. La période fut en fait celle d’une grande restructuration des industries des télécommunications en Europe, en partie seulement liée à la disparition des accords entre l’opérateur historique et l’industrie. Il note à cette occasion l’unification des industrie filaires et des industries radioélectriques et la séparation des secteurs civils et militaires. La discussion a porté sur la confrontation des points de vue de P. Musso et de E. Cohen, avec l’apparition de quelques convergences. Elle s’est préoccupée des aspects sociaux que la déréglementation a assez peu pris en compte. Elle a également souhaité que des leçons soient tirées en Europe de cette première libéralisation d’un secteur public en réseau, afin d’être appliquées aux nouveaux secteurs en discussion. Les présentations des orateurs et les comptes rendus des réunions sont parus dans les cahiers de l'AHTI N° 9 L'Institut d'Histoire Sociale de la CGT-PTT dans le numéro de mars 2008 de son bulletin Le relais rend compte de ces réunions :
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